mardi 19 mai 2015

14-18 : trois frères d'Augeville tombés en moins d'un an

Les trois frères Mouillet, en compagnie de leurs parents. (Collection club Mémoires 52). Selon le journaliste chaumontais Robert Collin, le village d'Augeville, dans le canton de Poissons, est l'une des communes françaises les plus éprouvées par la Première Guerre mondiale, puisque ses quatre mobilisés auraient tous trouvé la mort durant le conflit. Outre le soldat René Belbézier, c'est le cas de trois frères : les Mouillet. Ils sont les fils de Camille-Ferdinand Mouillet, cultivateur, et de Marie-Claire-Joséphine Dedome. Né le 23 janvier 1893 à Augeville, Louis-Eugène est le premier à mourir au front. Deuxième classe au 4e régiment de zouaves (et non au 4e bataillon de chasseurs comme indiqué sur sa fiche de mort pour la France), il décède le 11 octobre 1914, à l'hôpital d'Amiens, des suites de blessures. Son cadet Remy-Célestin, né le 22 septembre 1894, soldat au 23e régiment d'infanterie coloniale, tombe le 25 septembre 1915 à Massiges, dans la Marne. Moins de quinze jours plus tard, l'aîné, Alphonse, lui aussi issu du 4e régiment de zouaves, soldat au 2e régiment mixte de zouaves et tirailleurs, est porté disparu le 6 octobre 1915 à Souain, également dans la Marne. En un an, trois frères auront donc perdu la vie au service de leur nation. Il est à noter que deux autres Mouillet de Haute-Marne sont décédés en 14-18 au sein du corps des zouaves : le caporal Louis Mouillet, de Lafauche, également du 4e régiment mixte de zouaves, décédé fin décembre 1918 à l'hôpital d'Avranches (Manche), et le caporal Louis-Victor Mouillet, du 3e régiment, natif de Nogent, tombé le 17 août 1915 dans le Pas-de-Calais.

mercredi 13 mai 2015

Gustave Genevoix, un Bourbonnais mort sur le front à 68 ans

Comme son illustre homonyme, Gustave Genevoix était un homme de lettres. Particularité de cet enfant de Bourbonne-les-Bains : il a repris du service à la mobilisation, en 1914, à l'âge de 67 ans ! Il a vu le jour le 5 avril 1847, rue du Haut-de-Craye, au sein du foyer formé par Gustave-Emile Genevoix, contrôleur des contributions directes, et de Françoise Le Prévost de La Moissonnière. Gustave-Albert est domicilié ensuite à Lons-le-Saunier, où vit sa famille. Des raisons de santé l'obligent à renoncer à une carrière dans la Marine, où sert déjà son frère. Elles ne l'empêcheront toutefois pas d'être nommé, en août 1870, sous-lieutenant dans la 1ère compagnie du 2e bataillon de la garde mobile du Jura. Durant la campagne contre l'Allemagne, il est blessé le 28 novembre 1870 lors de la bataille de Beaune-la-Rolande, soit par des éclats d'obus aux reins, soit par une balle à la poitrine. Genevoix se battra ensuite à Villersexel, en Haute-Saône, et sera fait chevalier de la Légion d'honneur en 1872. La suite de sa vie, nous la connaissons surtout grâce à une notice publiée par l'Académie de Rouen. Etabli dans cette ville après la guerre franco-allemande, Gustave Genevoix travaille comme clerc de notaire dans l'étude de son oncle maternel, se marie à Rennes (sa fille décèdera en 1893), puis revient à Rouen, où il sera conseiller municipal. Il reprend ses études à la fin du 19e siècle, obtient une licence de droit, et s'installe, comme notaire, à Châtellerault (Vienne), où il exerce de 1896 à 1906. Il terminera sa carrière professionnelle comme arbitre rapporteur auprès du tribunal de commerce de la Seine. Parallèlement, Genevoix a servi comme officier de réserve (il a été promu lieutenant au 31e régiment territorial en 1877) et s'est lancé, en 1880, dans une carrière de romancier et d'auteur de pièces de théâtre. Il avait la «plume alerte, sensible et brave», selon l'Académie rouennaise. Lorsque la guerre éclate en 1914, le Haut-Marnais est affecté, comme capitaine, dans la compagnie 5/7 du 1er régiment du génie de Paris. Il sollicite un emploi sur le front et rejoint le 209e régiment d'infanterie territoriale, où il commande la 1ère compagnie. Un officier du régiment écrira à Mme Genevoix : «En raison de son âge, tout le monde chuchotait à voix basse : «Comment as-t-on pu l'envoyer ici ?». En première ligne le 15 octobre 1915, près de Wez (Marne), ses hommes subissent une attaque ennemie avec gaz asphyxiants quatre jours plus tard. Le capitaine Genevoix est «tué par un obus devant son poste de combat, au moment où il en sortait», et sera inhumé au cimetière de la Source. Son nom est inscrit au Panthéon parmi les écrivains morts pour la France, comme le Langrois Maurice Demougeot.