dimanche 27 novembre 2011

Le 1er Régiment de France en Haute-Marne



Mi-août 1944, un détachement du 1er RF lors d'une cérémonie à Champigny-lès-Langres. (Collection Hubert Gallion/CM 52).

Il y a sept ans, à l'occasion du 60e anniversaire de la Libération, plusieurs vétérans du 1er Régiment de France revenaient sur les lieux de leurs combats livrés en 1944, dans le Sud-Est haut-marnais. Une unité dont le rôle a peu à peu été oublié. Et pour cause. Avant de se rallier début septembre 1944 aux FFI de la Haute-Marne, ce corps était perçu par la Résistance pour ce qu'il était à l'origine : un régiment créé à l'initiative du maréchal Pétain, le seul toléré par l'armée d'occupation, quoi que le patriotisme de la majorité des hommes qui le composaient ne puisse aujourd'hui être mis en doute.

C'est le 28 mai 1944 que trois compagnies du 2e bataillon, placées sous les ordres du commandant Samuel Meyer, ont été dirigées sur l'ex-zone occupée pour assurer la surveillance de la ligne à haute tension Paris-Kembs, entre les régions de Troyes et de Belfort. Mis sur pied à l'été 1943, stationné dans l'Indre et le Cher, ce régiment équipé "à la française" était commandé par le colonel puis général Berlon.

En Champagne, les hommes du 1er RF sont rapidement en contact avec des résistants locaux. Une proximité qui décidera des éléments isolés à rejoindre les rangs de la Résistance. C'est ainsi que dans la nuit du 17 au 18 août 1944, 17 soldats cantonnés à Hûmes (près de Langres) faussent compagnie à leurs camarades, emportant avec eux deux mitrailleuses Hotchkiss. Le patriote André Roy, de Montigny-le-Roi, les conduira dans un bois, où ils formeront le noyau du maquis de Fresnoy. Trois sous-officiers du régiment, les sergents Marcel Chamalbide, Robert Greland et Albert Grisot, en commanderont plusieurs groupes.
De son côté, un Meusien de 21 ans, Gaston Dieu, rejoint les rangs du maquis Duguesclin (ou maquis Jérôme), au sein duquel il est blessé accidentellement le 11 septembre vers Juzennecourt.
D'autres éléments cantonnés dans l'Aube se joignent aux maquisards de ce département (lire à leur sujet l'excellent ouvrage de l'ancien journaliste chaumontais Roger Bruge, « 1944. Le temps des massacres »).

Reste qu'au-delà de ces ralliements isolés, ce n'est pas sans une certaine méfiance que les patriotes considèrent ces militaires français. En témoigne ce récit d'un officier jedburgh opérant dans la région d'Auberive, le capitaine Maurice Geminel (mission «Bunny»). Avec Paul Carteron, chef du maquis Max (Auberive), le jeune Meusien décide d'essayer «de convaincre le commandant du bataillon de passer dans la Résistance. Nous avons monté une expédition, une nuit, avec de nombreux camions, espérant revenir avec des sous-officiers et des soldats (à défaut d'officiers) volontaires pour nous rejoindre. Malheureusement, l'opération échoua, nous fûmes accueillis à l'entrée de la caserne (Note : le cantonnement de Champigny-lès-Langres ?) par des coups de feu tirés par le poste de garde, et nous fûmes obligés de rentrer à Auberive, ne voulant pas engager un combat avec de jeunes Français qui avaient dû recevoir des consignes très précises. » Toutefois, au moins un soldat du 1er RF, Albert Montlaur, rejoindra le maquis de Carteron.

Le passage des éléments du II/1er RF aux FFI interviendra officiellement le 3 septembre 1944. Les 248 hommes du sous-groupement B, alors cantonnés à Belmont (près de Fayl-Billot), se fixeront en forêt de Bussières-lès-Belmont, aux côtés des FFI du maquis Henry. La veille, Meyer avait notamment rencontré le major canadien Roy Farran, du 2nd SAS régiment (qui se rendait d'Auberive vers la forêt de Darney, dans les Vosges), qui ne cachera pas son plaisir de voir « à nouveau des soldats élégants (sic) et disciplinés ».
Voici donc ces militaires incorporés dans les FFI. « Une conversion du dernier moment, afin d'éviter d'être considérés comme traîtres », estimera le capitaine Stanguennec (« Pierre »), commandant la compagnie de gendarmerie de Langres, chef du maquis Henry (Bussières-lès-Belmont).

Reste que le 1er RF prendra sa part dans les combats de la Libération, et que ceux-ci lui coûteront six victimes :
. Pierre Bernard, 18 ans, né à Saint-Servan (Ille-et-Vilaine) ;
. Armand Dalloz, 21 ans, né dans l'Ain ;
. Raymond Jamet, de Vallon-en-Sully ;
. aspirant Michel Pasquet, 19 ans, né à Château-Chinon (Nièvre) ;
. Jean Perrotet, 23 ans, né dans le Vaucluse ;
. Waclav Wlazyk, né dans le Pas-de-Calais, tué à quatre jours de son 20e anniversaire.

Tous ont trouvé la mort le 11 septembre 1944, lors du combat de Belmont, face aux troupes allemandes, en se rendant au château de Saulles, afin d'assurer la protection du poste de secours qui y a été installé. Leur nom figure sur le monument dédié à la Résistance du Sud haut-marnais.
Voici ce que nous écrivions à ce sujet, en 2004, dans notre ouvrage « 1944 en Haute-Marne : l'album de la Libération » , à la date du 11 septembre 1944 : « Un détachement du II/1er RF se rendant au château de Saulles se heurte en début de matinée à un important convoi allemand stationné à l'entrée de Belmont. Celui-ci appartient à une unité de Russes en provenance de Bourgogne, le 615e bataillon de l’Est. Au cours du combat, deux civils (Louis Raillard et Louis Bourrier) et six soldats du II/1er RF, dont l'aspirant Michel Pasquet, sont tués, sept autres (dont plusieurs blessés) faits prisonniers. La 1ère compagnie du maquis de Bussières, venue en renfort, perd également six blessés. Le corps-franc intervient aussi contre le convoi à la sortie de Grenant (deux blessés). Ce convoi est mitraillé à 16 h 05 par quatre ou cinq P-47, pendant 45 minutes. Côté allemand, le bilan est lourd : 80 véhicules sont détruits, de même que des pièces d'artillerie. Le nombre des victimes est relativement important (le chiffre de 25 tués est avancé). » Toujours à la date du 11 septembre : « Trois jeunes infirmières volontaires de la Résistance, Micheline Morey, 22 ans, Geneviève Cornubert, 23 ans et Marie-Louise Bailly, 22 ans, sont arrivées au château de Saulles la veille. Ce 11 septembre au soir, il y a également au château un blessé et quatre FFI. Vers 22 h, des Allemands font irruption. Trois FFI s'enfuient, le quatrième et le blessé sont abattus (Charles Lemmer et Roger Simonet). Les interrogatoires et tortures des trois infirmières commencent. Tôt, le lendemain matin, les Allemands amènent au château le gardien qui est interrogé et brutalisé. Le 13, vers 3 h, il parvient à s'évader mais ne sait ce que sont devenues les infirmières. Leurs corps mutilés seront retrouvés sous un tas de détritus... »

Après la Libération, les hommes du 1er RF iront rejoindre les casernes chaumontaises. Il se murmurait alors qu'ils devaient encadrer les unités mises sur pied dans le département pour poursuivre la lutte. Mais des frictions éclateront avec les FFI, si bien que les militaires quitteront rapidement le département. En guise de complément : parmi les cadres et hommes du régiment ayant servi en Haute-Marne, citons également les lieutenants Bertrand d'Arras, Philémon Raissiguier et Trichet ; l'adjudant Charles Ponti ; les caporaux Pascal Leone et Paul Thomassin, les soldats Jean Garchery, Marcel Davoult, Louis Roux, André Begel et Jean Ferré, tous capturés (et pour certains blessés) lors du combat de Belmont. Ces informations inédites ont été apportées dans un dossier relatif aux FFI de Haute-Marne et conservé par le Service historique de la Défense (merci à Yves Martin).

Sources : « Résistance, répression, libération en Haute-Marne », Lionel Fontaine, André Grossetête, Marie-Claude Simonnet, éditions Dominique Guéniot, 2007 (épuisé) ; Dossier 52 n°37 (sommaire : « Soixante après : le parachutiste de Brethenay identifié ; Il avait couvert le Jour J... ; 27 août 1944 tragique à Marac et à Villiers-sur-Suize ; 30 août 1944 : les otages de Marnaval ; Un Haut-Marnais parmi les déportés de Grandrupt ; Le 1er Régiment de France dans les combats de la Libération ».

jeudi 10 novembre 2011

Un soldat bragard décédé le 11 novembre 1918

Demain, chaque commune de France se souviendra du 11 novembre 1918, date de la cessation des hostilités dans le pays.

C'est précisément ce jour-là que décède un Haut-Marnais. Il s'appelle Fernand Larcelet. Né à Saint-Dizier en 1886, il était soldat de 2e classe dans le 360e régiment d'infanterie de Toul, régiment de réserve du 160e RI ayant accueilli en son sein plusieurs centaines d'habitants de l'arrondissement de Wassy. C'est des suites de blessures de guerre que Larcelet rend son dernier souffle à l'hôpital de Zuydcoote, dans le Nord.

A priori, ce Bragard ne serait pas le seul Haut-Marnais à cesser de vivre ce jour-là. Soldat au 160e RI, Marcel Poirel, dont le nom figure sur le monument aux morts de Doulaincourt, serait également décédé le 11 novembre 1918, et repose depuis à Nancy. Toutefois, le ministère de la Défense ne conserve pas la trace de ce Doulaincourtois parmi les morts pour la France.

Bien évidemment, ni Larcelet ni Poirel ne sont les derniers Haut-Marnais à être victimes du conflit. Nombre d'entre eux succomberont à leurs blessures dans les semaines, les mois, voire les années qui suivent, et certains tomberont lors des opérations toujours menées en Orient.

Selon Jean-Marie Chirol, 8 392 Haut-Marnais ont perdu la vie lors de ce conflit. Soit l'équivalent de la population de Langres d'aujourd'hui.