vendredi 30 avril 2010

Déportés haut-marnais (C)



Henri Ceradelli, de Montigny-le-Roi, mort à Buchenwald à 20 ans.


CABARTIER Auguste (Rachecourt-sur-Marne 9 octobre 1894 - juillet 1942). Veuf (son épouse est tuée en juin 1940 pendant l’exode), père de famille nombreuse, domicilié à Rachecourt où il est lamineur aux forges, il est arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, transféré le 27 juin à Compiègne, déporté le 6 juillet 1942 à destination d'Auschwitz, il meurt « de dysenterie durant son transfert dans ce camp ».

CACHEUR Alphonse (Wassy 10 mars 1915). Marié et père de famille, domicilié à Wassy, mouleur aux Ets Durenne, il est arrêté début 1943 sur le territoire du 3e Reich, déporté à Buchenwald le 12 mars 1943, transféré à Sachsenhausen (matricule 84 329). Libéré le 2 mai 1945 à Schwerin, il rentre à Wassy à la fin du mois.

CAIN Louise née Kahn (Saint-Dizier 13 avril 1883 – Auschwitz 18 avril 1944). Elle est déportée à Auschwitz le 13 avril 1944 (convoi 71).

CAMPION Léon (Paris 17 juin 1898 - Auschwitz 2 novembre 1942). Ancien combattant 14-18, marié et père de cinq enfants, domicilié à Chaumont où il exerce la profession de graveur, il est arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à compter du 27 juin à Compiègne, il est déporté le 6 juillet 1942 à destination d'Auschwitz (matricule 45 329).

CANOVA Raymond (Bologne 3 juillet 1920). Interné à Compiègne, il est déporté le 12 mai à Buchenwald (matricule 45 597), où il est libéré le 11 avril 1945.

CARCHON Jean (Saint-Dizier 11 juillet 1927). Interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 74 315). Rentré.

CARDOT Georges (Mussy-sur-Seine, Aube 24 février 1913). Domicilié à Andelot, chef de fabrication à la société Jacquemin, il est arrêté sur dénonciation à Andelot le 23 mars 1944. Emprisonné à Chaumont puis à Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à destination de Dachau (matricule 72 355) et affecté au kommando d'Allach. Il est libéré fin avril 1945.

CARLE Roger (Puteaux, Seine 22 mars 1920 - 16 décembre 1944). Employé de commerce, résistant au sein de l'OCM, venu en mission à Chaumont, il est arrêté le 25 octobre 1943 au café de Brottes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald (matricule 40 929), puis à Dora (kommando d'Ebensee).

CARPENTIER René (Paris 20 avril 1901). Marié et père de famille, architecte domicilié à Bourbonne, résistant, il est arrêté sur dénonciation le 13 avril 1944. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 358) et rentre à Bourbonne à la mi-mai 1945.

CARTERET Raymond (Dancevoir 8 juillet 1921). Domicilié à Dijon, il est arrêté sur le territoire du 3e Reich et déporté à Dachau (matricule 56 975), où il est libéré le 29 avril 1945.

CAZY Ferdinand (Tiercelet, Meurthe-et-Moselle 13 décembre 1903 - Bergen-Belsen 8 avril 1945). Membre du Front national, ce cheminot bragard, marié, est arrêté et condamné à un an de prison par la section spéciale de la Cour d'appel de Dijon, le 5 février 1944, pour « activités communistes ». Emprisonné à Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald (matricule 45 491) et meurt à Bergen-Belsen.

CERADELLI Henri (Montigny-le-Roi 14 septembre 1924 - Buchenwald 15 mars 1945). Arrêté le 17 mai 1944 à Montigny pour activités de résistance, emprisonné à Langres, Chaumont et Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 410), puis transféré à Buchenwald.

CHAFFRAIX Maurice (Saint-Dizier 23 août 1912). Interné à Compiègne, il est déporté le 22 janvier 1944 à Buchenwald (matricule 48 512) et libéré de ce camp le 11 avril 1945.

CHAMBRE Edouard (Rambervillers, Vosges 23 avril 1892 - Dachau 18 février 1945). Ancien combattant 14-18, marié et père de sept enfants, domicilié à Saint-Dizier où il exerce la profession d'avocat, il est arrêté à son bureau le 19 mai 1944 par la Gestapo, interné à Compiègne et déporté à Dachau le 18 juin.

CHAMPAGNE Pierre (Laferté-sur-Aube 23 février 1899 – Neuengamme 17 novembre 1944). Maire de Laferté-sur-Aube, il est pris en otage à la suite de l’attaque du maquis du village (15 juin 1944). Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 à Neuengamme (matricule 37 499).

CHANSON André (Saint-Broingt-le-Bois - Rastatt 24 novembre 1944). Membre du réseau Alliance, déporté le 16 décembre 1943, il est exécuté à Rastatt.

CHAPITRE Georges (Chaumont 28 octobre 1916 - Wilhelmshaven 5 janvier 1945). Commis de culture, il est arrêté le 24 août 1944 à Châteauvillain au moment du massacre et déporté le 29 de Belfort à Neuengamme (matricule 44 195).

CHARBONNELLE Pierre Né à Nully, domicilié à Toul où il est arrêté, il est interné à Gleiwitz. Libéré par les troupes soviétiques, il rentre en mai 1945.

CHARETTE de la CONTRIE (de) Jean (Nantes, Loire-Atlantique 13 avril 1906 - Wilhelmshaven 15 décembre 1944). Lieutenant de réserve, prisonnier en juin 1940, libéré, ce sous-directeur des Haras de Montier-en-Der est arrêté le 24 août 1944 par la Gestapo. Emprisonné à Langres, conduit à la gare de Chaumont le 27 août, il est déporté le 29 août 1944 de Belfort en direction de Neuengamme (matricule 43 949), où il est affecté au kommando de Wilhelmshaven. Il est frappé à mort par un de ses gardiens.

CHARLET Henri (Saint-Dizier 24 mars 1921 - Neuengamme 15 avril 1945). Marié et père de famille, domicilié à Saint-Dizier, employé à Meuse-et-Marne, il est dénoncé pour activités de résistance et arrêté le 27 juillet 1944 (avec son épouse, son beau-père et son beau-frère). Interrogé à la feldgendarmerie, emprisonné à Chaumont, puis à Langres, il est déporté le 29 août à Neuengamme (matricule 43 978) et affecté au kommando de Stocken.

CHASSAGNE Jean (Lyon, Rhône 22 juin 1914). Ingénieur agricole, il est arrêté à Chaumont le 23 août 1944 et déporté le 29 de Belfort à Neuengamme (matricule 43 966). Affecté aux kommandos de Wilhelmshaven et Horneburg, il est porté disparu.

CHATEL Max (Laneuville-à-Bayard 8 juin 1919). Aspirant de réserve au 28e régiment d’artillerie de Chaumont, fait prisonnier le 18 juin 1940 à Uzemain (Vosges), il s’évade à deux reprises de la Prusse-Orientale (juillet 1943 et août 1944). A chaque fois, il est repris, emprisonné par la Gestapo à Cologne, puis à partir du 5 novembre 1944 à Rheinbach, Bonn puis Cologne. Déporté à Buchenwald (matricule 65 554), atteint du typhus « exanthémique », il est libéré dans ce camp le 11 avril 1945 et rapatrié dix jours plus tard. Oncle paternel du ministre de l'Eudcation nationale Luc Chatel.

CHAUVOT Louis (Fontaine-Française, Côte-d'Or 17 août 1921 - Buchenwald 20 mai 1943). Ayant grandi à Dommarien où ses parents tiennent une écluse, ouvrier agricole, travailleur en Allemagne, il est arrêté et déporté à Buchenwald (matricule 15 506).

CHEPPE Roger (Malakoff, Seine 26 avril 1923). Réfractaire au STO, il est arrêté le 24 août 1944 à Châteauvillain, déporté le 29 de Belfort à Neuengamme (matricule 43 965) et affecté au kommando de Wilhemshaven d’où il rentre.

CHEVALIER Raymond. Garde des Eaux et forêts, domicilié à Saint-Blin, ce sergent au sein du groupe "Sirocco" est porté disparu le 8 septembre 1944, lors d'un accrochage à Prez-sous-Lafauche. Il est possible qu'il a suivi le destin de son compagnon d'infortune Hubert Mayer : déporté non rentré...

CHEVALME Fernand (Saint-Dizier 27 janvier 1922 - Mannheim 13 mai 1943). Célibataire, il est ouvrier à l'usine du Clos-Mortier à Saint-Dizier. Arrêté le 11 juillet 1941 pour avoir lancé des boulons en direction de soldats allemands, il est, avec onze camarades, interné à la prison du Val-Barizien à Chaumont et traduit le 12 août 1941 devant le Tribunal militaire allemand. Condamné à dix ans de travaux forcés et transféré à Bruchsal, près de Baden, il décède de maladie.

CHEVRY Pierre (Montier-en-Der 17 janvier 1894 - Gusen 17 août 1944). Ancien combattant 14-18, marié et père de famille, directeur d'usine à Paimboeuf, ce polytechnicien est arrêté fin juin 1943 (relâché peu après), puis à nouveau le 23 février 1944, à sa descente de train à Nantes. Emprisonné à la prison Lafayette, interné à Compiègne, il est déporté le 16 avril 1944 à Mauthausen (matricule 62 152). Affecté au kommando de Gusen, il meurt d'épuisement.

CHIOCARELLO Louis (Malo, Italie 18 mai 1921). Membre du Front national depuis 1943, responsable départemental du Front uni de la jeunesse (sous le pseudonyme « Fleury »), il est arrêté le 19 juin 1944 à Andelot où il loge à l’Hôtel des Voyageurs. Emprisonné à Langres puis à Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 à Neuengamme (matricule 37 503). Rentré de déportation le 12 juin 1945, il retrouve Brainville-sur-Meuse.

CLASQUIN Paul (Nancy, Meurthe-et-Moselle 3 juin 1922). Garçon-boucher à l'Hôtel de la gare de Merrey, ce réfractaire au STO est arrêté le 14 mars 1944 à Merrey, déporté le 21 mai à Neuengamme, affecté aux kommandos de Fallersleben et de Wöbbelin, où il est porté disparu.

CLAUSSE René (Bologne 13 février 1924). Célibataire, électricien à la société des Pyroligneux à Bologne, requis au titre du STO, il part pour l'Allemagne (Hanau) le 20 février 1943. Arrêté le 15 novembre 1944 pour « refus de travail », envoyé au camp disciplinaire de Mayence, il est jugé et déporté à Dachau (matricule 144 940) le 15 décembre 1944. Libéré par les Américains le 29 avril 1945, il est rapatrié le 20 mai.

CLAVEL Pierre (Langres 15 septembre 1910). Fils de commerçants langrois, domicilié à Bar-sur-Aube où il s’est marié, responsable du BOA pour la région baralbine ("Barman"), il prépare le sabotage de la poudrière des Franchises à Langres. Arrêté à Bar-sur-Aube le 31 octobre 1943, interné à Compiègne, il est déporté le 22 janvier 1944 à Buchenwald (matricule 42 431) et libéré le 5 mai 1945 à Mauthausen.

CLEMENT Maurice (Chaumont 1er août 1905). Déporté à Mauthausen (matricule 138 212), il est libéré le 24 avril 1945.

CLERC Pierre (Chassigny 3 avril 1898 - Melk 17 février 1945). Sous-officier de gendarmerie à Longuyon (Meurhte-et-Moselle), déporté de Paris le 6 août 1944 à Natzweiler (matricule 22 201), il ne revient pas.

CLERE Robert (Bourbonne 21 mai 1887 – Sandbostel 18 mai 1945). Interné à Compiègne, il est déporté le 21 mai 1944 à Neuengamme.

COLIN Edouard (Chalindrey 1er octobre 1922). Arrêté sur le territoire du 3e Reich, il est déporté à Dachau (matricule 68 354), à Buchenwald, et est libéré le 15 avril 1945 à Bergen-Belsen.

COLIN Fernand (Châteauvillain 20 mars 1925). « Malgré nous », déporté à Schirmeck le 3 novembre 1943, puis à Colmar, il est libéré le 24 décembre 1943.

COLLARD Georges (Sainte-Livière, 3 septembre 1922). Interné à Compiègne, il est déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 65 888), affecté au kommando Heinkel. Rentré.

COLLAS Adrien (Epizon 23 septembre 1888 - Auschwitz). Domicilié à Savonnières-en-Perthois (Meuse), il est déporté le 6 juillet 1942 (matricule 45 382) à Auschwitz, tout comme son fils Pierre (matricule 45 383), également domicilié à Savonnières (où il est né en 1914). Tous deux ne reviendront pas d’Auschwitz.

COLLIGNON Robert (Voillecomte 21 novembre 1902 - Auschwitz juillet 1942). Marié et père de trois enfants, domicilié à Eurville, où il gère le dépôt Shell, il est arrêté le 22 juin 1941 par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne (27 juin), il est déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz (matricule 45 386).

COLLIN Georges (Semoutiers 4 avril 1894 - Auschwitz 15 septembre 1942). Marié et père de famille, domicilié à Thonnance-lès-Joinville, ouvrier à Bussy, il est arrêté le 22 juin 1941. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz (matricule 45 381).

COLLIN Marcel (Harréville-les-Chanteurs 24 septembre 1913). Interné à Compiègne, il est déporté le 16 avril 1944 à Mauthausen (matricule 62 181). Rentré. Tourneur dans la Loire, arrêté le 1er mars 1944.

COLLIN Marie, Emile (Joinville 26 juin 1906). Menuisier, arrêté le 8 septembre 1941 à Poissons pour « détention d’armes », il est déporté le 3 août 1942 vers une prison du Reich : Fribourg, Augsbourg, Kaisheim et Landsberg, d’où il est libéré le 27 avril 1945. Il décède à Lyon le 24 juin suivant.

COLLIN Paul (Marbéville 12 juin 1903). Interné à Compiègne, il est déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 335), puis à Buchenwald. Porté disparu.

COLTEY Jean (Auxon-lès-Vesoul, Haute-Saône 7 février 1906 - Auschwitz 18 septembre 1942). Domicilié à Langres, typographe, il est arrêté le 22 juin 1941, emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne et déporté le 6 juillet 1942 (matricule 45 389).

CONTHIER Paulette (Laneuville - sic - 21 décembre 1924). Déportée à Ravensbrück (matricule 45 396), puis à Magdebourg, elle est libérée.

COQUARD Fernand (Clamecy, Nièvre 17 juillet 1914). Instituteur à Coupray, marié et père de trois enfants, il réside à Montribourg. Le 12 juin 1944, il est arrêté par l'occupant dans son village, emprisonné à Chaumont et embarqué le même jour en direction de Châlons. Interné à Compiègne, il est déporté le 15 juillet à Neuengamme (matricule 37 522). Libéré le 12 avril 1945, il rentre en Haute-Marne plus d'un mois plus tard.

CORGER Jean (Saint-Dizier 12 février 1922 - Buchenwald 11 avril 1945). Capturé le 27 mars 1944 dans les Alpes, interné à Compiègne, il est déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald (matricule 51 103).

CORNE Robert (Chaumont 14 juin 1919). Il est déporté le 5 septembre 1944 de Belfort à Buchenwald (matricule 85 136), et libéré le 13 avril 1945 à Langenstein. Décédé en Suisse en 1998.

CORROY Alphonse (Liffol-le-Petit 8 janvier 1884). Interné à Compiègne, il est déporté le 25 janvier 1943 à Buchenwald (matricule 14 796) et libéré le 11 avril 1945.

CORSINI Idramero (Pistoia, Italie 24 novembre 1911). Arrêté à Vauxbons le 27 avril 1944 pour « détention d’armes », interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 74 170). Libéré.

CORTHIER Henri (Montreaux - ? - 1er mai 1897 - Dachau 6 février 1945). Photographe à Bourbonne-les-Bains, il est arrêté le 5 avril 1944, interné à Compiègne, et déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 449).

COSSON Gabriel (Saint-Dizier 25 mars 1897 - Mauthausen 7 avril 1945). Il est déporté le 18 octobre 1943 de Paris à Neue Bremm (matricule 38 735).

COUSTEAU Maurice (Montesquieu, Tarn-et-Garonne 8 novembre 1923). Interné à Compiègne, ce résistant s'évade, le 5 juin 1944, dans la Marne, du train qui le conduit à Neuengamme. Recueilli à Couvrot puis à Trois-Fontaines-l'Abbaye, il suit un camarade d'évasion, le lieutenant Raymond Krugell, dont il devient l'adjoint au commandement des maquis Mauguet et Garnier (début juillet 1944). Arrêté le 20 juillet 1944 entre Giffaumont et Montier-en-Der, lors d'un contrôle de feldgendamerie, il est emprisonné à Chaumont puis vraisemblablement déporté le 29 août 1944 à Neuengamme, où il est porté disparu.

COUTURIER Henri (Chevillon 3 février 1894 - Neuengamme 4 avril 1945). Ancien combattant 14-18, marié et père de famille, domicilié à Magneux, ce maçon, membre de la résistance du secteur de Wassy, est arrêté le 6 août 1944 à son domicile après le sabotage d'une voie ferrée. Interrogé à Saint-Dizier, emprisonné à Chaumont et à Langres, il est déporté le 29 août 1944 de Belfort à Neuengamme.

CRESSOT Marcel (Varennes-sur-Amance 31 janvier 1896). Doyen de la Faculté de Nancy (spécialiste de la linguistique), interné à Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 à destination de Neuengamme (matricule 36 329) comme « personnalité otage », et libéré le 8 mai 1945 à Brezani. Mort dans une catastrophe ferroviaire à Vitry-le-François. Son fils unique tué dans la Résistance du Sud-Ouest.

CURTINOT André (Joinville 19 janvier 1897 - Nordhausen 26 février 1945). Agriculteur à la ferme de Bellevue (Joinville), arrêté sur dénonciation, il est déporté de Paris en 1943 au Sonderlager Hinzert.

mercredi 28 avril 2010

René Pajot, acteur majeur de la Résistance haut-marnaise




Service de la France libre dédié à l’organisation de parachutages, le Bureau des opérations aériennes (BOA) a joué un rôle très important dans la structuration de la Résistance dans le département de la Haute-Marne. Un homme a incarné cette activité fondatrice : René Pajot.

Etudiant en pharmacie, il naît en 1918 à Saint-Venerand, dans la Haute-Loire. Selon Michel Pichard, futur coordinateur national du BOA - et futur Délégué militaire départemental pour la Haute-Marne en août 1944 (« L’Espoir des ténèbres »), Pajot fait d’abord un stage dans la Nièvre avant d’être affecté au département de la Haute-Marne comme responsable de ce service. Pichard situe cette arrivée en août 1943.

Dans le département, Pajot, alias « René », va s’attacher à repérer des terrains pour des parachutages. Il peut compter sur la coopération d’ardents patriotes : Jean Vinot, ancien instituteur reconverti en agent d’assurances à Chaumont, Simone Dauvé, jeune femme de Courcelles-sur-Aujon, Pierre Clavel, originaire de Langres, qui réside à Bar-sur-Aube et qui exerçait alors la responsabilité du BOA pour le secteur baralbin et la Haute-Marne...

Il prend contact avec l’avocat langrois Marius Véchambre, avec l’ingénieur du service vicinal Philippe Hantzberg, de Châteauvillain... Pichard, alias « Pic », alors en charge du bloc Est (Alsace, Lorraine, Champagne) du BOA, vient également en Haute-Marne où il rencontre Georges Debernardi, directeur de la Société des usines à gaz du Nord-Est à Chaumont, membre de l’Organisation civile et militaire (OCM).

A Chaumont, Pajot loge au premier étage d’une maison de la rue Alphonse-Daudet, chez Lucien Febvay, chef de service dans l’usine dirigée par Debernardi. C’est à ce domicile que se présente, venu en train, celui qui sera l’opérateur-radio de Pajot : André Guilbert, alias « Le Rouquin », né à Bourges (Cher) en 1921, venu de la Nièvre qu’il a dû fuir en raison des arrestations frappant cette région.

Quelles sont les activités de Pajot ? Nous savons qu’il accompagne en train, de Chaumont à Langres, un saboteur du BOA, René Cailleaud (futur Compagnon de la Libération), pour transporter les explosifs qui serviront à faire sauter la poudrière des Franchises, dans la nuit du 11 au 12 septembre 1943.

C’est grâce à Guilbert que les patriotes haut-marnais reçoivent leur premier parachutage : celui du terrain « Corneille », proposé par Simone Dauvé à la ferme de La Rente-sur-Villiers, près de Giey-sur-Aujon (canton d’Arc-en-Barrois), opération aérienne primitivement destinée au terrain « Bourdaloue », à la ferme Fragneix, près de Treix (au-dessus de Chaumont).

En octobre 1943, Pajot et Guilbert enjoignent encore à un résistant chaumontais, le journaliste Charles Martin, de quitter la Haute-Marne, prétextant sa recherche par les Allemands, en réalité parce que les résistants locaux lui reprochent son manque de discrétion. Plus grave : Martin a reçu la visite d’hommes se prétendant du service National maquis envoyés de Paris et dont l’un, Roger C…, a noté les noms de patriotes locaux… sur un paquet de cigarettes !

Charles Martin quitte Chaumont à temps. Le 25 octobre 1943, la Gestapo le croit au café de Brottes. Elle y fait irruption, n’y trouve pas le journaliste, mais plusieurs hommes qui sont attablés, dont Roger C… Les Allemands, dès lors, n’ont plus qu’à relever les noms notés sur le fameux paquet de cigarettes et à procéder aux arrestations. Elles interviendront surtout du 26 au 28 octobre, tant dans la région de Chaumont que dans celle de Langres. Une soixantaine, au total, dont Véchambre, le journaliste Fernand Wiszner, des cheminots de Chalindrey, le radio Guilbert (qui aurait été pris au domicile de Charles Martin), sans doute aussi le commissaire de police Charrier. Une partie de ces patriotes arrêtés seront déportés, dont au moins sept ne reviendront pas. Ainsi Guilbert, mort le 18 mai 1944, et Roger C….

Pour une raison que nous ignorons, René Pajot a échappé à cette rafle, qui a pour effet de décapiter d’une partie de ses cadres la Résistance dans la moitié Sud de la Haute-Marne.

Pajot, toujours actif, vient en aide aux deux rescapés d’un avion anglais tombé le 7 octobre 1943 à Rachecourt-Suzémont, près de Wassy. Avec Lucien Febvay et l’ingénieur des Ponts et chaussées André Jacquinod, Pajot les ramène de la ferme d’Emile Bertrand (à Sommermont, près de Joinville) à Chaumont, le 21 décembre 1943, et participe à l’organisation de leur acheminement vers la Suisse.

Mi-janvier 1944, le patriote auvergnat est toujours à Chaumont, lorsqu’intervient une vague d’arrestations frappant le groupe Debernardi – qui a réceptionné un nouveau parachutage à Treix – et le groupe « Corse » des FTPF - qui a saboté fin décembre 1943 la grue du dépôt SNCF de Chaumont. Debernardi, Jacquinod, Febvay font partie des patriotes arrêtés.

A nouveau, Pajot échappe à ce deuxième coup dur pour la Résistance haut-marnaise. Il quitte Chaumont le 19 janvier 1944 – et sera remplacé par Lucien Romarie. Une nouvelle responsabilité l’attend : celle du BOA pour la Haute-Saône. Mais il est arrêté dans un restaurant de Dijon, avec « Luc » (Jacques Fontaine), autre figure du BOA, le 19 février 1944.

Interné à Compiègne, René Pajot est déporté le 4 juin 1944 pour le camp de Neuengamme. C’est de ce convoi qu’une quarantaine de patriotes s’évaderont entre Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François (Marne), parmi lesquels le lieutenant Raymond Krugell, futur chef des maquis Mauguet et Garnier en Haute-Marne. Pajot, lui, arrivera à destination et survivra pour être libéré au printemps 1945.

Selon Jean-Marie Chirol (« Héros du ciel et de la terre », 1979), René Pajot, moniteur à l’Aéro-club de Chaumont, serait mort en 1949 dans un accident d’avion, à l’âge de 31 ans.

lundi 26 avril 2010

Déportés haut-marnais (B)



Albert Bernardin, mort à Mauthausen (collection CM 52).

BABLON Marcelle (Chaumont 31 décembre 1919). Déportée à Ravensbrück (matricule 41 664), elle est libérée dans ce camp en avril 1945.

BAER Alice née Schwab (Saverne 20 novembre 1877 - Auschwitz 13 février 1944), mère d'André.
BAER André (Metz, Moselle 14 mai 1903 - Auschwitz 13 février 1944), pharmacien à Chaumont.
BAER Eliane (Chaumont 29 juin 1931 - Auschwitz 13 février 1944), fille du précédent.
BAER Jacqueline (Chaumont 25 décembre 1934 - Auschwitz 13 février 1944), soeur de la précédente.
BAER Marcelle née Epstein (Metz, Moselle 18 septembre 1904 - Auschwitz 13 février 1944), épouse d'André.
BAER Marie-Bl. (Chaumont 12 décembre 1941 - Auschwitz 13 février 1944), fille de la précédente, âgée de 2 ans et demi !
BAER Moïse (Ingwiller, Bas-Rhin 16 août 1866 - Auschwitz 13 février 1944)., père d'André.
BAER Nicole (Chaumont 22 novembre 1937 - Auschwitz 13 février 1944). Les huit membres de cette famille (deux grand-parents, deux parents, quatre enfants) sont arrêtés à Chaumont le 27 janvier 1944 par les feldgendarmes, conduits au quartier Foch puis à Saint-Dizier (hôtel Rigole), puis emprisonnés à Châlons le même jour. Internés à Drancy, ils sont déportés le 10 février 1944 (convoi 68), et gazés le 13 février.

BALLET René (Chaumont 29 décembre 1916). Marié, mécanicien, domicilié à Choignes, il est arrêté le 9 août 1944 à Prauthoy, où il passait en voiture au moment du massacre de la ferme de Suxy (le conducteur a été exécuté). Emprisonné à Langres, transféré le 27 août à Chaumont d’où il part en train pour Belfort, il est déporté le 29 août à Neuengamme. Il décède quelques semaines après son retour de déportation, à Choignes, le 10 août 1945.

BARIOT Ivan (Chamouilley 27 janvier 1922). Arrêté sur le territoire du 3e Reich, il est déporté à Stutthof, et libéré le 16 juillet 1943.

BARLOT Gustave (Provenchères-sur-Meuse 22 juin 1914). Sous-officier de carrière, résistant (sous le nom de « Jean Tavernier »), il est arrêté en Bretagne le 24 mai 1944. Emprisonné à Rennes, interné à Compiègne, il est déporté le 28 juillet 1944 à Neuengamme (matricule 39 345). Ce rescapé de la tragédie de la baie de Lübeck (3 mai 1945) sera fait compagnon de la Libération (16/10/1945).

BARRIERE Jean (Damrémont 19 mai 1914). Agriculteur, fait prisonnier en juin 1940, mis en congé de captivité comme soutien de famille, il ravitaille des réfractaires au STO et cache des prisonniers russes évadés en 1943. Dénoncé, arrêté le 26 mai 1944 à Damrémont, il est emprisonné à Langres, à Chaumont, à Châlons. Interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 318). Affecté au kommando de Lak (usine BMW), il rentre en France le 17 mai 1945.

BARTH Henri (Sarrebrück, Allemagne 5 novembre 1895). Ancien combattant de la guerre 14-18, ouvrier métallurgiste, marié et père de famille, ce conseiller municipal de Sarrebrück, membre de l'association anti-national-socialiste, fuit la Sarre en février 1935. Réfugié politique à Bagnères-de-Bigorre, établi à Marnaval en juillet 1936, où il est embauché comme machiniste, il est naturalisé français en mai 1937. Mobilisé en 1939, il est arrêté le 28 avril 1941 à Marnaval. Emprisonné à la Santé, puis transféré à Trèves puis à Sarrebrück, il est condamné à un an de prison le 20 mars 1942. Déporté à Dachau le 17 juillet 1942 (matricule 37 594) puis à Neuengamme (matricule 11 220), il est sauvé en Suède. Rentré à Marnaval en mai-juin 1945, il retourne en Sarre, où il sera conseiller, député à l'Assemblée législative de Sarre et maire de Sarrebrück. Il décède en Suisse en 1949, lors d'une rencontre d'élus socialistes européens.

BAUDURET Paul (Villard-sur-Bienne, Jura 18 mai 1912). Gendarme à Langres, mobilisé au 242e RI, fait prisonnier le 22 juin 1940 à Xonrupt, il est mis en congé de captivité comme gendarme le 28 août 1940. Marié, père de deux enfants, servant à la brigade de Montigny-le-Roi, il est arrêté par la Gestapo, le 23 mai 1944 à la brigade de Montigny, sur dénonciation, pour « détention d'armes et terroriste acharné ». Emprisonné à Chaumont puis à Langres, transféré le 5 juin à Chalons puis deux jours après à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 365). Affecté au kommando disciplinaire d'Allach, il est libéré le 30 avril 1945 et rapatrié le 1er juin.

BAULERET Emile (Fronville 19 novembre 1894 – Hamburg 6 novembre 1944). Interné à Compiègne, il est déporté le 21 mai 1944 à Neuengamme (matricule 30 373).

BAVEREL Robert (Orchamps-Vennes, Doubs 9 février 1922). Domicilié à Ageville, réfractaire au STO, il est arrêté le 16 juin 1943 dans les Hautes-Pyrénées en voulant passer en Espagne. Emprisonné à Tarbes puis à Toulouse, transféré à Compiègne le 30 juin, il est déporté le 3 septembre 1943 à Mauthausen. En s'évadant du train avec seize camarades, sa jambe gauche est happée par une roue de wagon, à proximité de la gare de triage de Châlons. Soigné par des cheminots puis à l'hôpital de Châlons, où il est amputé, il est emprisonné dans cette ville jusqu’à sa libération le 20 août 1944.

BEAU André (Marans, Charente-Maritime 8 janvier 1921 - Bergen-Belsen 11 février 1945). Domicilié à Saint-Dizier, arrêté, emprisonné à Chaumont, il est condamné à deux ans de prison par le tribunal militaire allemand de cette ville, début octobre 1940. Détenu à Clairvaux, libéré, il travaille à La Guerche (Cher) à partir de novembre 1942, intégrant les FTP du secteur. Arrêté le 1er février 1943 pour « détention de tracts », écroué à Bourges, interné à Compiègne, il est déporté le 15 octobre 1943 à Hinzert, à Breslau, à Bergen-Belsen.

BEAUMET Germain (Chamouilley 10 mars 1921). Boucher à Chamouilley, il est arrêté le 10 mars 1943 (comme réfractaire au STO, évadé et repris), déporté le 24 avril 1943 à Natzweiler (matricule 3 341), transféré à Buchenwald puis à Dachau, où il est libéré le 23 mai 1945.

BEDET Louis (Bettaincourt-sur-Rognon, 19 juin 1895 - Auschwitz 30 décembre 1942). Marié et père de deux fils, ouvrier à Bussy, domicilié à Vecqueville, cet ancien combattant de 14-18 est arrêté le 22 juin 1941. Interrogé à la Kommandantur de Joinville, emprisonné à Chaumont, il est transféré le 27 juin à Compiègne. Là, il participe au creusement du tunnel par lequel s'évadent 19 internés. Il est déporté le 6 juillet 1942 à Auschwitz (matricule 45 220).

BEDET Jean. Fils du précédent, originaire de Saint-Dizier, il est fait prisonnier après l'attaque du maquis des Glières (1944). Convoyé en train en direction d’un camp de la mort, dans la nuit du 13 au 14 août 1944, il parvient à s'évader.

BEGUINOT Pierre (Mesnil-Saint-Père, Aube 21 octobre 1926). Domicilié à Lachapelle-en-Blaisy, il est arrêté le 8 février 1944 (sans doute en Allemagne), emprisonné à Münich et déporté à Dachau. Libéré le 29 avril 1945, il réside ensuite à Briaucourt (cette biographie ne figure pas dans notre ouvrage).

BEL Martial (Valentigney, Doubs 28 septembre 1920). Arrêté le 13 janvier 1944 à Chaumont (il s'agit vraisemblablement du chef interrégional FTP qui, venant de Besançon, devait rencontrer ce jour-là "Bacchus", le chef des FTP de la Haute-Marne), interné à Compiègne, il est déporté le 27 avril 1944 à Auschwitz (matricule 185 046), puis à Buchenwald, à Dora. Il est libéré le 13 avril 1945 à Osterode.

BELAN Gabriel (Rouvroy-sur-Marne, 7 février 1915 - Neuengamme 9 décembre 1944 ou 15 février 1945). Ouvrier, il est déporté via Belfort le 29 août 1944 à Neuengamme (matricule 44 193).

BENAY Charles (en Moselle 3 août 1898). Domicilié à Perthes puis à Saint-Dizier, électricien, interné à Compiègne, il est déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 65 946) et affecté au kommando Heinkel. Rentré.

BENOIST Pierre (Wassy 24 mars 1903 – Sachsenhausen 23 janvier 1945). Interné à Compiègne, il est déporté le 24 janvier 1943 à Sachsenhausen, puis à Buchenwald.

BERLOT Joseph (Goncourt 22 août 1913 - Lunebourg 7 avril 1945 ou Wilhelmshaven 31 décembre 1944). Célibataire, il est déporté via Belfort le 29 août 1944 à Neuengamme (matricule 43 950) et affecté au kommando de Wilhemshaven.

BERNAND Marcel (Dijon 3 mars 1916). Domicilié à Froncles, célibataire, ouvrier à l'usine de Froncles, il y est arrêté le 6 janvier 1942 par les gendarmes de Vignory (sur ordre des autorités allemandes) pour « diffusion de tracts anti-allemands ». Emprisonné à Chaumont puis à Dijon, condamné à six mois de prison le 24 janvier 1942 par la Cour d'appel de Dijon, il effectue sa peine à Clairvaux. Mais à l'issue, il est transféré à Compiègne. Il est déporté le 17 septembre 1943 à Buchenwald (matricule 21 017) sous le nom de « Marcel Toulouse ». Affecté au kommando de Weimar puis au camp central, il est. libéré le 11 avril 1945. Rentre le 21 juin 1945.

BERNARD Marthe née Levy (Metz, Moselle 2 avril 1879 - Auschwitz février 1944). Domiciliée à Wassy, où elle est commerçante, arrêtée le 27 janvier 1944, elle est emprisonnée à Châlons, internée à Drancy et déportée le 10 février 1944 à Auschwitz (convoi 68).

BERNARDIN Albert (Eurville 27 juillet 1904 – Mauthausen 24 février 1944). Marié, père de famille, domicilié à Vecqueville, il est arrêté à l'usine de Bussy le 25 février 1943 pour « refus d'aller travailler en Allemagne ». Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne le 5 mars 1943, il est déporté le 16 avril à Mauthausen (matricule 26 757).

BERTRAND Emile (Cousancelles, Meuse 18 novembre 1901). Marié, agriculteur à la ferme Saint-Maurice à Guidrecourt-aux-Ormes, il aide dès juin 1940 des prisonniers évadés, des réfractaires au STO, des aviateurs alliés. Membre du BOA, dénoncé, il est arrêté par la Gestapo le 15 février 1944. Emprisonné à Chaumont où il est torturé, interné à Compiègne, il est déporté le 27 avril 1944 à Auschwitz (matricule 185 068), puis à Buchenwald (12 mai), puis le 25 mai à Flossenburg (kommando de Janovitz). Son état de santé ne lui permet pas de rentrer avant le 18 juillet 1945.

BERTRAND Georges (Fismes, Marne 26 août 1920). Menuisier aux Etablissements Pellerin à Chaumont, il est arrêté en mars 1943 par les feldgendarmes. Dirigé sur Dijon, puis à Steyr (Autriche) pour travailler dans une usine, il est dénoncé et arrêté le 12 septembre 1944 pour sabotage (« citoyen dangereux pour la sécurité du peuple allemand »), transféré au camp de Klein Munken (13 septembre) et à Mauthausen en octobre (matricule 118 110). Rapatrié le 19 mai 1945.

BERVA Mario (Castiglione, Italie 2 septembre 1921). Il habite Latrecey lorsqu'il est arrêté à Dijon le 17 juin 1943, en raison de son refus de faire son service militaire en Italie. Notamment déporté à Buchenwald, il est rapatrié le 26 mai 1945 et s'installe à Chaumont (sa biographie ne figurait pas dans notre ouvrage).

BESANCENOT André (Montreux-Château, Territoire de Belfort 14 juillet 1913 - Watenstatt 7 avril 1945). Sous-officier (blessé en 1940), membre de l’armée d’armistice jusqu’en 1942, adjoint au chef du corps des sapeurs-pompiers de Langres comme adjudant, il participe au sabotage du dépôt de munitions des Franchises (nuit du 12 au 13 septembre 1943). Arrêté le 23 février 1944 à Langres, emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 21 mai 1944 à Neuengamme. Sa petite-fille lui a consacré un blog aisément accessible sur Internet.

BICART Alice née Heymann (Strasbourg 28 octobre 1869 - Auschwitz février 1944). Domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, emprisonnée à Châlons, internée à Drancy et déportée le 10 février à Auschwitz par le convoi 68.

BICART Cécile née Schuhl (Benfeld, Bas-Rhin 22 septembre 1876 - Auschwitz février 1944). Domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, emprisonnée à Châlons, internée à Drancy et déportée le 10 février à Auschwitz par le convoi 68.

BLANCHARD Maurice (Aubepierre-sur-Aube, 23 septembre 1918). Fils du garde de la maison forestière de Champlain, il est démobilisé en juillet 1940. Bûcheron, membre du maquis Blonde de Recey-sur-Ource (Côte-d'Or), il est blessé le 27 août 1944 au cours d'un accrochage à Boudreville, fait prisonnier et chargé dans un camion vers une destination inconnue. A-t-il fait partie du convoi du 27 août pour Belfort, ou d’un transport vers le Struhof ? Selon un jugement rendu par le tribunal civil de Chaumont, il est décédé en Allemagne le 31 août.

BLANCHARD Raymond (Dijon, Côte-d'Or 1er mars 1925 - entre Oberaudenheim et Bochwurtz 17 avril 1945). Membre du maquis de Voisines, il est capturé le 30 juin 1944. Emprisonné à Chaumont, à Langres, à Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 18 août 1944 à Buchenwald (matricule 78 542).

BLAZER André (Langres 11 novembre 1922). Interné à Compiègne, il est déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald (matricule 49 903), et libéré le 11 avril 1945.

BLOCH Arthur (Guebwiller 13 septembre 1872 - Auschwitz février 1944). Domicilié à Bourbonne, il est arrêté le 27 janvier 1944, interné à Drancy et déporté à Auschwitz le 10 février (convoi 68).

BLOCH Céline (Guebwiller 6 janvier 1881 - Auschwitz 1944). Domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, internée à Drancy, déportée à Auschwitz le 10 février 1944 (convoi 68).

BLOCH Fleurestine née Cahen (Hesperange, Luxembourg 15 décembre 1882 - Auschwitz 1944). Epouse d’Arthur, domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, internée à Drancy, déportée à Auschwitz le 10 février (convoi 68).

BLOCH Jean-Jacques (Guebwiller 26 décembre 1876 - Auschwitz 1944). Domicilié à Bourbonne, il est arrêté le 27 janvier 1944, interné à Drancy, déporté le 27 mars 1944 à Auschwitz.

BLOCH Lina (Guebwiller 1er novembre 1873 - Auschwitz 1944). Domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, internée à Drancy et déportée à Auschwitz le 10 février (convoi 68).

BLOCH Marguerite (Guebwiller 6 avril 1886 - Auschwitz 1944). Domiciliée à Bourbonne, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, internée à Drancy et déportée à Auschwitz le 10 février 1944 (convoi 68).

BLUM Germaine née Lévy (Payerne, Suisse 4 mars 1892 - A
uschwitz février 1944). Domiciliée à Saint-Dizier, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, emprisonnée à Châlons, internée à Drancy, déportée le 10 février 1944 à Auschwitz (convoi 68).

BLUM Léon (Obersteinbrun 3 mai 1878 – Drancy 3 février 1944). Domicilié à Bourbonne, il est arrêté le 27 janvier 1944 et interné à Drancy.

BLUM Lucien (Rosheim, Bas-Rhin 11 janvier 1881 - Auschwitz 15 février 1944). Epoux de Germaine, domicilié à Saint-Dizier, il est arrêté le 27 janvier 1944, emprisonné à Châlons, interné à Drancy, déporté à Auschwitz le 10 février.

BOCQUENET Marius (Vesaignes-sur-Marne 25 juillet 1895 - Sachsenhausen 15 juin 1943). Marié, domicilié à Wassy où il est le gardien-chef de la maison d’arrêt, ce gendarme à la retraite est arrêté le 27 janvier 1943 sur son lieu de travail, par des feldgendarmes de Chaumont, parce qu'il écoute la BBC. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne à compter du 13 février 1943, il est déporté le 28 avril 1943 à Sachsenhausen (matricule 64 591 à Ravensbrück).

BOGE Odile (Santenoge 13 juillet 1917). Domiciliée à Port-sur-Saône (Haute-Saône), agent de liaison des FTP en juin 1943 sous le pseudonyme de "Renée", elle est arrêtée et déportée vers les prisons du Reich le 19 avril 1944 : Lauban, puis déportée à Ravensbrück, à Flossenburg. Elle est libérée le 8 mai 1945 à Zwodau.

BOIS Louis (Saint-Etienne, Loire 1er octobre 1915). Marié, père de famille, domicilié à Chaumont où il est entrepreneur en bâtiments, résistant (il participe à un parachutage), il est arrêté le 21 janvier 1944. Emprisonné au Val-Barizien, condamné à la déportation le 8 mars 1944, il est déporté le 1er septembre, successivement à Coblence, Rheinbach, Ziegenhein, et est libéré le 13 mai 1945 à Neumünster.

BONGRAIN Marc (Illoud 12 février 1923). Membre du secteur Est de Chaumont (il est responsable du secteur de Bourmont), arrêté le 24 août 1944 à Auberive avec son chef André Guignard, il aurait été déporté le 29 août de Belfort à Neuengamme (son matricule n’est pas connu). Il est depuis porté disparu.

BONNARD Jean (Torcenay 29 janvier 1918 - Mulheim 25 avril 1945). Travaillant à l'exploitation agricole familiale, il est capturé le 25 août 1944, au lendemain de sa tentative de gagner le maquis d'Auberive avec plusieurs camarades. Emprisonné à Langres, dirigé le 27 août à Chaumont puis embarqué le même jour en train à Belfort, il est déporté le 29 à Neuengamme.

BONNET Raymond (Pouilly 4 février 1910 - Dora 2 mars 1944). Domicilié à Buxières-lès-Froncles, employé aux Forges de Froncles, il est arrêté le 6 janvier 1942 pour distribution de tracts. Interrogé à la brigade de gendarmerie de Vignory, emprisonné à Chaumont puis à Dijon, il est condamné par la section spéciale, le 24 janvier 1942, à 18 mois de détention à Clairvaux. Interné à Compiègne, il est déporté à Buchenwald le 17 septembre 1943 (matricule 21 018) et affecté au kommando de Dora.

« BONNETON Lucien » (BOUX Francis) (Ingersheim, Haut-Rhin 18 juin 1919 – Bad Gandersheim 4 avril 1945). Réfractaire au STO, membre du maquis d'Ecot-la-Combe, il est arrêté le 2 septembre 1944. Emprisonné à Langres, il est déporté successivement le 16 septembre 1944 à Schirmeck puis à Buchenwald. Affecté au kommando de Bad Gandersheim le 17 novembre, il est exécuté lors de l'évacuation de ce camp.

BOULANGER Auguste (Sauville, Vosges 19 janvier 1919). Arrêté le 7 juin 1944 à Lyon, il est déporté le 29 juin à Dachau (matricule 75 992). Selon M. Henriot, cet habitant de Blessonville serait décédé le 9 mai 1945 à l'hôpital de Linz.

BOULOMMIER Alexis (Langres 2 octobre 1910). Domicilié à Chameroy, arrêté le 3 avril 1942 pour avoir « frappé des soldats allemands », il est déporté le 17 mai 1943 vers les prisons de Fribourg, Landsberg, Buchenwald et Fresnes.

BOURG Télémaque (Illoud 6 février 1913). Marié et père de famille, garde-forestier à Andelot, il est arrêté le 2 septembre 1944 à Andelot. Arrivé le 16 septembre à Schirmeck, il est transféré à Buchenwald, où il est. libéré le 11 avril 1945. Il décède à Andelot en 1948.

BOURGOIN Paul (Chamouilley 8 juin 1889). Il est déporté le 8 février 1941 à Karlsruhe, puis à Rheinbach, Siegberg, d'où il rentre le 25 mai 1945.

BOURLIER Jean (Torcenay 22 août 1902). Veuf et père d'un garçon, domicilié à Torcenay, employé SNCF à Chalindrey, il est arrêté le 26 octobre 1943. Emprisonné à Langres, à Chaumont puis à Châlons, interné à Compiègne, il est déporté le 17 janvier 1944 à Buchenwald (matricule 39 544). Il est affecté au kommando de Weimar, puis à Hadicko (mai 1944). Datées du 9 juillet 1944, ses dernières nouvelles parviennent à Torcenay le 31...

BOURNIQUEZ Clotilde née Jeannot (Poinson-les-Fayl 15 juin 1918). Epouse d'un sous-officier de carrière, Louis Bourniquez (futur sous-brigadier de police à Chalindrey), mère d'un enfant, elle est arrêtée avec son mari le 22 mars 1943, par la Gestapo, à la suite de lettres trouvées chez des résistants lyonnais. Torturé, l'époux peut s'évader et rejoindre la Résistance (le maquis de Bussières). Elle est internée du 22 mars 1943 au 23 janvier 1944 à Drancy, puis déportée à Ravensbruck le 31 janvier (matricule 27 348). Elle est libérée le 25 avril 1945.

BRAUN Jules (Offendorf, Bas-Rhin 18 août 1874 - Auschwitz février 1944). Réfugié à Bourbonne-les-Bains, il est arrêté le 27 janvier 1944 et déporté le 10 février en direction d'Auschwitz (convoi 68).

BREIDENSTEIN Charles (Saint-Dizier 10 mai 1873 - Diez/Lahn 12 février 1945). Arrêté à Saint-Dizier le 19 mai 1943 pour « détention d’armes », interné à Compiègne, il est déporté le 5 janvier 1944 au Sonderlager Hinzert.

BRIOT Adrien (Euffigneix 16 novembre 1893 - Dora-Elrich 11 décembre 1944). Domicilié à Lachapelle-devant-Bruyères (Vosges), marié, père de cinq enfants, ce cheminot est arrêté le 24 août 1941, en descendant de sa machine à vapeur, par les agents de la Commission spéciale de Vichy. On l'accuse d'avoir distribué des tracts anti-nazis lors de la remorque de trains entre Laneline et Gérardmer. Adrien Briot est emprisonné successivement à la prison Charles-III de Nancy (1941), à Toul (1942), à Clairvaux (1942-43), à Melun (1943), à Châlons (1943). Interné à Compiègne (1944), il est déporté le 12 mai 1944 à Buchenwald (matricule 51 820).

BRIOT André Jean Adrien (Chaumont 22 mai 1926 - Flossenburg 8 mars 1945), fils du précédent. Employé à l'hôtel Bissinger au Séchenat, près de Bussang, il est arrêté le 25 février 1944 par la Gestapo. Par le convoi des Tatoués du 27 avril 1944, il est déporté successivement à Auschwitz, à Buchenwald et à Flossenburg (matricule 185 172), où il décède.

BRIOT Marcel (Montreuil-sur-Blaise 5 mars 1901 - Gusen 26 janvier 1944). Célibataire, domicilié à Rachecourt-sur-Blaise, ébarbeur à Vaux-sur-Blaise, il est arrêté en avril 1943 avec son frère Emile, pour « propagande anti-nazie, distribution de tracts ». Conduit à la feldgendarmerie de Saint-Dizier (d'où son frère est libéré), emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 492) et affecté au kommando de Gusen. Il est éliminé pour incapacité physique... et asphyxié.

BROGE Charles (Ménil-la-Tour, Meurthe-et-Moselle 11 mars 1922). Bûcheron à Faverolles, il est arrêté par des miliciens au bois de Mormant (Leffonds) pour « trafic d'armes », interné à Compiègne et déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 72 335). Il décède après sa libération, le 4 septembre 1945 (à Mainau selon la FMD).

BROUILLARD René (Louze 20 juillet 1901). Marié et père de famille, boucher à Louze, il est arrêté sur dénonciation le 13 décembre 1942 pour « hébergement de terroristes ». Emprisonné à Chaumont, il est déporté le 25 février 1943 à Hinzert (matricule 6 327), puis à Wolfenbuttel. Jugé à Breslau puis transféré à Gleiwitz (Haute-Silésie), il est libéré par les troupes soviétiques, le 8 mai 1945, à Hirschberg.

BUFFET Paul (Reims, Marne 21 juillet 1909 - Nordhausen 1er avril 1945). Marié à une Haut-Marnaise, il est domicilié à Chaumont lorsqu'il est mobilisé et fait prisonnier. Selon le témoignage d'un camarade, il est arrêté en décembre 1944 à Hirschberg (Silésie), conduit au camp de Gross-Rosen puis, le 8 février 1945, à celui de Dora, d'où il ne revient pas (sa biographie ne figurait pas dans notre ouvrage).

BURGHARD Pierre (Froncles 4 juillet 1920). Interné à Compiègne, il est déporté le 27 avril 1944 à Auschwitz, puis à Buchenwald puis à Flossenburg.

BURGNIES Maurice (Rachecourt-sur-Marne 22 février 1920). Célibataire, domicilié à Rachecourt, il est arrêté à Strasbourg le 28 novembre 1942, à l'issue d'une tentative d'évasion, pour « refus de travailler pour l'Allemagne ». Déporté le 8 janvier 1943 vers une prison, passé par Münich, il est transféré à Dachau (matricule 43 190) et libéré le 29 avril 1945.

BURTON Charles (Château-Regnault, Ardennes 24 janvier 1890 - Auschwitz 22 septembre 1942). Ancien combattant 14-18, marié et père de famille, domicilié à Bologne où il est ajusteur aux forges de la commune, il est arrêté le 7 juillet 1941 à Bologne par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne, il est déporté le 6 juillet 1942 (convoi des 45 000).

BZOUROWSKI Léon (Saint-Dizier 13 janvier 1913 - Auschwitz). Par le convoi 36, il est déporté le 23 septembre 1942 à Auschwitz.

Déportés haut-marnais : lettre A


Nous commençons ici la publication de courtes biographies des Haut-Marnais de naissance ou d'adoption déportés durant la Seconde Guerre Mondiale. Elles sont issues de l'ouvrage "Déportés et internés de Haute-Marne" que le club Mémoires 52 a fait paraître en 2005.

René Aubertin, mouleur à Sommevoire, est rentré de Gusen (collection CM 52).

ADAM Roger (Joinville 4 mars 1922 - Bergen-Belsen 25 février 1945). Célibataire, domicilié à Joinville, il est arrêté le 9 avril 1943 pour « opposition aux directives allemandes de camouflage », interné à Compiègne et déporté le 8 mai 1943 à Sachsenhausen (matricule 66 559).

ALEXANDRE Georges (Paris 25 décembre 1862 – Auschwitz février 1944). Domicilié à Chaumont, il est arrêté le 27 janvier 1944, emprisonné à Châlons, interné à Drancy et déporté le 10 février à Auschwitz (convoi 68).

ALEXANDRE Marceline née Cahen (Saint-Germain-en-Laye 27 octobre 1869 – Auschwitz février 1944). Epouse du précédent, domiciliée à Chaumont, elle est arrêtée le 27 janvier 1944, emprisonnée à Châlons, internée à Drancy et déportée le 10 février à Auschwitz (convoi 68).

ALINCOURT (Jacqueline d') née de LA ROCHE-BROCHARD (La Chanière, Deux-Sèvres 20 décembre 1919). Mariée à Joseph de l’Orne d’Alincourt, un officier né à Luzy-sur-Marne (mort en captivité en 1941), elle est domiciliée durant la Drôle de guerre à Marnay-sur-Marne. Ayant rejoint sa famille, elle s'investit dans la Résistance. En contact en novembre 1942 avec un officier français parachuté (dépendant lui-même de Jean Moulin), elle prend le pseudonyme de « Pal 3 ». Affectée à la Délégation générale par intérim du Gouvernement provisoire (sous le pseudonyme de « Violaine »), elle est arrêtée le 24 septembre 1943 à Paris. Torturée rue des Saussaies, emprisonnée à Fresnes puis à Romainville (fin mars 1944), elle est déportée le 18 avril 1944 de Paris à Ravensbrück (matricule 35 243), où elle est la « soeur de déportation » de Geneviève De Gaulle (dont le nom vient d'être donné au centre hospitalier de Saint-Dizier). Rentrée en France le 15 août 1945 via la Suède, Jacqueline d’Alincourt, décédée au printemps 2009, était commandeur de la Légion d'honneur. Mme Pery d'Alincourt était membre du club Mémoires 52.

ANTOINE Abel (Blécourt 31 août 1914). Il est déporté le 25 février 1943 de Paris à destination d'Hinzert (matricule 6 326), d'où il s'évade le 8 mai 1943.

ANZENBERGER Charles (Saint-Dié, Vosges 23 novembre 1910). Domicilié à Saint-Dizier, marié, mobilisé au sein du II/242e RI, il est fait prisonnier le 21 juin 1940 dans sa ville natale. Interné au stalag VIIA à Mossburg (Bavière) - avec le Bragard Jean Raqueville, notamment - il se sauve de la ferme de Marchfaben, mais l'entreprise tourne court. De 1942 à 1944, il travaille dans une entreprise à Munich. Arrêté par la Gestapo pour avoir écouté avec des amis la radio anglaise, il est conduit dans le camp de Dachau le 2 février 1945 (matricule 140 448). Libéré le 29 avril par les Américains, il rentre à Saint-Dizier.

AUBERT Germaine née Humbert (Saint-Dizier 11 septembre 1913). Arrêtée le 20 avril 1943 à Saint-Dizier pour « propagande anti-allemande », emprisonnée à Châlons, elle est déportée le 31 janvier 1944 à Ravensbrück (matricule 27 040) et rentre de Neuengamme.

AUBERTIN Norbert (Chaumont 26 septembre 1925). Ce fils de gendarme est déporté le 12 mai 1944. Son itinéraire : Karlsruhe, Brieg, Dresde, Leipzig, Brüx, d'où il s'évade. Décédé à Metz (Moselle) en 1995.

AUBERTIN René (Saint-Dizier 27 juillet 1912). Marié, père de famille, mouleur à Sommevoire où il est domicilié, il est arrêté dans la nuit du 8 au 9 février 1943 à son domicile par les feldgendarmes. Emprisonné à Chaumont, interné à Compiègne (5 mars 1943), il est déporté le 16 avril 1943 à Maüthausen (matricule 26 809) et affecté au kommando de Gusen I). Libéré le 5 mai 1945 à Gusen, il rentre à Sommevoire dans le courant du mois.

AUBRY Maurice (Andernay, Meuse 20 janvier 1926 - baie de Lübeck 3 mai 1945). Forgeron, il est arrêté le 8 juin 1944 à Saint-Dizier pour "détention d'arme et volonté de rejoindre le maquis". Interné à Compiègne, il est déporté le 15 juillet 1944 à Neuengamme (matricule 36 507), à l'âge de 18 ans, et affecté au kommando de Hambourg.

AUDOUX Abel (Bettancourt-la-Ferrée 7 novembre 1921). Emprisonné à Eysses (matricule 770), interné à Compiègne, il est déporté le 18 juin 1944 à Dachau (matricule 73 028), et libéré le 30 avril 1945 à Allach.

AUER Pierre (Colmier-le-Bas 14 février 1914). Domicilié à Dijon, ce passeur travaille avec les époux Frilley (de Frettes), du café des Rotondes. Il est arrêté à cause du même dénonciateur. Interné à Compiègne, il est déporté le 16 avril 1943 à Mauthausen (matricule 26 673) et libéré le 5 mai 1945 de ce camp. Lire à son sujet "Résistance en Côte-d'Or" de Gilles Hennequin.

jeudi 22 avril 2010

Dimanche 25 avril : hommage aux 631 déportés haut-marnais




Dimanche 25 avril, dans nombre de communes françaises, un hommage sera rendu, comme chaque année, aux martyrs de la Déportation, quelle que soit leur origine, quelle que soit la raison de leur arrestation, qu’ils soient décédés dans les camps ou miraculeusement revenus quoique fort diminués.

La première personne à s’être intéressée aux déportés haut-marnais reste Marcel Henriot, professeur d’histoire, correspondant pour le département du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale. Si pionnier qu’il soit, le fruit de son travail, tel qu’il a été porté à la connaissance du grand public, est essentiellement statistique : Marcel Henriot, qui est parvenu à un chiffre de 516 déportés, dont 269 ne sont pas revenus, ne proposait pas de noms, et encore moins de biographies.

C’est cette lacune que Jean-Marie Chirol, président du club Mémoires 52, a voulu combler. Grâce au travail des membres de l’association, il a pu publier un ouvrage baptisé « Des Haut-Marnais internés et déportés » paru en 1995, et aujourd’hui épuisé. Pour la première fois, grâce aux documents inédits confiés par les familles ou les rescapés, des visages ont pu être accolés à des noms figurant bien souvent sur les monuments aux morts, des destins ont pu être racontés.

Jean-Marie Chirol a poursuivi ce travail en consacrant deux brochures aux juifs de Haute-Marne, dont une centaine ont été arrêtés dans la seule journée du 27 janvier 1944. Il a bénéficié, pour ce faire, de la documentation communiquée par Serge Klarsfeld.

Après le décès de Jean-Marie Chirol, le CM 52 a souhaité enrichir cette œuvre de mémoire. Il a notamment bénéficié de la récente publication du gigantesque Livre-Mémorial de la Déportation (plus de 6 000 pages !), qui a permis d’identifier de nombreux déportés haut-marnais jusqu’alors inconnus, mais il a pu également consulter aux Archives départementales les fiches ayant servi de base de travail à Marcel Henriot.

Ce croisement des sources permet aujourd’hui d’avancer une estimation de 631 hommes et femmes déportés par mesure de répression ou de persécution (1) – soit 115 personnes supplémentaires par rapport au chiffre auquel M. Henriot est parvenu. Nous en avions identifié 620 lorsqu’est paru, en 2004, « Déportés et internés de Haute-Marne », dont le succès a nécessité une réédition.

Ce chiffre de 631 personnes englobe les déportés dans les camps de concentration et d’extermination, les internés dans les prisons du Reich ou d’Italie, nés ou domiciliés en Haute-Marne, ou encore arrêtés sur le territoire du département (des résistants et des réfractaires au STO, principalement). Parmi eux, 153 étaient de confession juive, dont la plus jeune victime avait 2 ans et la doyenne 85. C’est en leur mémoire que les habitants se réuniront dimanche.

(1) Ne sont pas compris, contrairement à la démarche de M. Henriot, les prisonniers de guerre français internés dans le camp de Rawa-Ruska, ni les soldats espagnols (républicains) servant dans l'armée française capturés en juin 1940, internés en Haute-Marne et déportés l'année suivante.

mercredi 14 avril 2010

Folie meurtrière dans la vallée de la Saulx (dernier volet)

Ce mardi 29 août 1944 aurait dû être un jour de joie dans ces confins de Champagne et de Lorraine. Ce jour-là, la 4th Armoured division fait son entrée dans Vitry-le-François.
Mais c’est l’ombre de la mort qui plane sur la région. A Vitry, quatre habitants sont exécutés ; à Matignicourt, un accrochage oppose les FFI du maquis des Chênes avec un détachement de huit autos-mitrailleuses : deux maquisards sont tués, sept capturés. Dans la soirée, six d’entre eux sont fusillés à Naives-devant-Bar, près de Bar-le-Duc. Le corps du lieutenant Claude Lamort de Gail ne sera jamais retrouvé…
Ce sont surtout les massacres de la vallée de la Saulx qui resteront gravés dans la mémoire des populations meusienne, marnaise et haut-marnaise. Il n’est pas dans ce propos de les évoquer en détail. L’abbé Briclot et Jean Villiers, puis surtout Jean-Pierre Harbulot (dans une étude très documentée), se sont penchés sur cette folie meurtrière. Toutefois, une relation de ces exactions, qui se sont traduites par la mort de 103 civils, est nécessaire, car la crainte des « terroristes » agissant dans le massif de Trois-Fontaines n’a pas été étrangère à la motivation de ces crimes perpétrés par des soldats de la Wehrmacht (1). En voici une chronologie succincte.
3 h : des soldats allemands font irruption dans le village de Beurey-sur-Saulx (Meuse).
5 h 30 : d’autres s’installent dans Couvonges (Meuse).
9 h : la 10e compagnie du 29e Panzergrenadierregiment arrive à Mogneville (Meuse).
Entre 9 h 30 et 10 h : accrochage entre huit FFI meusiens (leur chef, Marcel Fauchot, est blessé) et des Allemands à La Belle-Epine, dans la forêt. Il n’est pas impossible que le capitaine du III/29e PzGrenRgt qui sera présent à Robert-Epagne ait été impliqué dans cet accrochage.
10 h : les Allemands commencent à arrêter les hommes de Couvonges, mettent le feu aux maisons.
12 h : arrivée de camions à Sermaize-les-Bains. Leurs occupants ouvrent le feu sur le bourg et ses habitants, soit avec des canons, soit avec leurs armes : treize civils sont tués ou mortellement blessés, dont le Dr Henry Fritsch (2).
13 h : à Robert-Epsagne, 51 hommes sont rassemblés ; à Couvonges, 20 habitants sont passés par les armes (six autres seront exécutés dans l’après-midi). Parmi eux, Maurice Brochard, né à Saint-Memmie (près de Châlons), chef du groupe basé à la ferme de La Taille-Jacquemin, et Robert Dehaye (ou Dehaie), de Pillon, tous deux venus chercher des candidats pour le maquis.
14 h : l’ennemi bombarde Cheminon et tire sur les habitants.
15 h : 50 hommes de Robert-Espagne sont exécutés à la mitrailleuse.
16 h : les Allemands quittent Cheminon, laissant derrière eux un civil mort et quatre blessés (dont deux mortellement).
19 h : Mognéville, qui déplore trois morts, voit partir l’unité allemande vers Beurey-sur-Saulx, où six habitants ont été abattus.


La Libération, quand même
Au lendemain de la tragédie, les environs du massif de Trois-Fontaines accueillent les libérateurs américains. Mercredi 30 août, à 11 h, la 4e DB américaine entre dans Saint-Dizier, réalisant la liaison avec la Compagnie du Val. Un violent combat oppose le maquis Mauguet avec un détachement de Panzergrenadiers (très vraisemblablement de la 15e division) à Chancenay. Deux Américains sont tués, onze maquisards mortellement blessés, ainsi qu’un enfant du village.
Le lendemain, d’autres éléments alliés font leur entrée à Pargny-sur-Saulx, Sermaize-les-Bains, Cheminon, Bar-le-Duc. Dans la vallée de la Saulx, ce sont des habitants endeuillés qui accueillent les GI’s. « Quelle tristesse de voir ces pauvres gens affolés, harassés, de tout petits enfants pleurent à la vue des Américains. Des jeunes filles vont les embrasser en pleurant. Ceux-ci en sont émus, quelques uns pleurent », écrira Odette Leclercq.
Ce contexte d’effroi et de colère devant les massacres (3) ne sera pas étranger à quelques mesures de représailles exécutées à l’encontre de soldats allemands capturés dans la forêt. Odette Leclercq se souviendra de deux prisonniers mis à mort par deux déserteurs de l’armée allemande servant au maquis. Début septembre, ce sont deux autres soldats allemands qui sont passés par les armes par des FFI bragards de la Compagnie du Val. Acte de vengeance qui ne sera pas du goût de tous les maquisards présents.
Parmi ceux du maquis de Trois-Fontaines, plusieurs souhaitent poursuivre la lutte au sein de l’armée régulière (4). Ils iront cantonner au lycée Libergier à Reims où ils seront affectés au 1er bataillon du 106e RI, constitué pour partie, le 15 septembre 1944, avec des éléments FTP rassemblés par le commandant Armand Liébaud. « Max » est de ceux-là, de même que Daniel Simon, promu sous-lieutenant au sein de la 2e compagnie. Ce I/106e RI, confié au commandant Bouchez puis au jeune commandant Marcel Koch (il a 31 ans), fera mouvement le 9 avril 1945, en direction de Thionville. Là, le 17 avril, à la caserne Jeanne-d’Arc, il sera meurtri par l’explosion accidentelle de mines et engins explosifs. Le bataillon déplorera 30 morts et 70 blessés. Parmi les victimes, figurent le commandant Koch et au moins un ancien du maquis de Trois-Fontaies : le sergent-chef Pierre David, alias « Daouda », qui repose à Sainte-Menehould.

(1) Lire l’étude de Jean-Pierre Harbulot, « Les massacres du 29 août 1944 dans la vallée de la Saulx » (p. 43 à 121), Société des lettres, sciences et arts de Bar-le-Duc, 1999.
(2) Il devait, à la demande de « Jim », se rendre à la ferme de La Neuve-Grange pour soigner un militaire britannique (sans doute un aviateur).
(3) Plusieurs rapports relatifs à la tragédie seront adressées aux autorités alliées (par le capitaine SAS Walters, par des officiers Jedburgh, par le lieutenant Victor Thérin, commandant la Compagnie du Val, etc.)
(4) Fils aîné d’Odette Leclercq, Serge Coudert, âgé de 15 ans et demi, benjamin du maquis, servira quelques jours au sein de ces éléments avant de rejoindre son foyer.

mardi 13 avril 2010

Le maquis de Trois-Fontaines (4e volet)



Les tombes des maquisards tombés le 18 juillet 1944, reposant provisoirement dans le cimetière de Trois-Fontaines (collection famille Trusgnach/club Mémoires 52)


Les aviateurs alliés
Entre 1940 et 1944, le terrain d’aviation du Robinson, à Saint-Dizier, a accueilli des appareils de la Luftwaffe particulièrement efficaces contre les bombardiers alliés. Ce qui explique que de nombreux avions de la RAF ou de l’USAAF ont été abattus dans la Marne, la Meuse ou la Haute-Marne.
Plusieurs de leurs rescapés, hébergés par des patriotes, ont été recueillis par le détachement SAS du lieutenant Laws. Parmi eux, deux publieront des souvenirs : Stanley Hawken et Paddy Leary, membres du même équipage (celui qui a été abattu à Villers-le-Sec).
Des témoignages intéressants, quand ils évoquent leurs relations avec les SAS - Paddy Leary n’est d’ailleurs pas tendre avec eux, puisqu’il estime qu’une de leurs actions est à l’origine des massacres de la vallée de la Saulx (lire plus loin) – ou avec les maquisards : Stanley Hawken se souviendra d’un certain « capitaine Henri » qui parlait « assez bien anglais » (1)
On apprend également, sous la plume d’Hawken (qui était hébergé à Saint-Vrain), qu’au cours d’un parachutage, un des deux avions attendus a été abattu ; selon lui, les pilotes ont été trompés par la multiplication des lumières, celles allumées par les SAS et celles par les résistants (2). Il se souviendra encore de ces 50 à 60 maquisards rencontrés (où ? Dans la Meuse ?) et commandés par un Britannique, un certain capitaine Williams, du Bengal lancers (capturé au début de la guerre, il se serait évadé de Pologne), des hommes qui se seraient même attaqués à des chars allemands !
De son côté, Paddy Leary se rappellera de deux soldats russes (« Arkadi » et « Nikolai ») recueillis comme lui à Revigny-sur-Ornain (meuse) et qui se joindront à des compatriotes, « environ 20 Russes échappés (qui) ont été groupés ensemble dans une forêt (…) formant un maquis ». Il semble que ces deux sujets de l’Union soviétique correspondent aux deux Russes du maquis de Trois-Fontaines évoqués dans ses souvenirs par Odette Leclercq. Leary rejoindra pour sa part le camp SAS de Laws, où il note la présence de « trois Américains, cinq Australiens et six Anglais ».Parmi ces hommes, figurent : les Américains Bernoski, Mac Curdy et Jack Rhiner, Albert De Bruin (hébergé à la La Neuve-Grange puis à Robert-Espagne, il échappera au massacre du 29 août 1944), Stanley Hawken, Paddy Leary, Lawrence William Mc Gowen, Mark William Edgerley, Denis Vaughan Kelly, W. F. Marshall, Red Banville, John Nicholson, Ken Hoyle…

Parachutistes et maquisards sortent du bois…La dizaine de jours précédant la libération est essentiellement marquée par le renforcement de l’opération « Rupert ». Laquelle n’aura toutefois guère le loisir d’être une grande utilité contre l’occupant…
Dimanche 20 août 1944, sur le terrain de la ferme de La Neuve-Grange, le lieutenant Laws accueille d’abord trois SAS, dont le capitaine Walters et le lieutenant Maynard.
Puis, dans la nuit du 23 au 24, nouveau parachutage de SAS avec une jeep à La Neuve-Grange : il s’agit du major Rooney (3), nouveau chef du « G » squadron qui, selon son homologue du « D » squadron Roy Farran, se serait blessé au dos lors de son arrivée au sol (4), des SAS Tait et Walsh. Opération marquée par un incident : un parachute accroche une ligne de haute tension, provoquant le disjonctage de la station électrique de Revigny.
Jeudi 24 août, une jeep emmène le major Rooney, le lieutenant Maynard, quatre SAS et deux guides locaux en direction de l’Argonne. Cet équipage, parvenu ensuite en Moselle, recevra l’ordre de rentrer en Grande-Bretagne le 10 septembre…
Enfin, vendredi 25, le stick du lieutenant B.T. Arnold est parachuté, alors qu’un appareil de la Luftwaffe qui survolait le terrain a largué une bombe, explosant sans faire de dégât. Selon le rapport de l’opération « Rupert », ce groupe ne parviendra pas à se joindre aux hommes de Laws. Ils seront basés du côté de la maison forestière de La Sabotière, à la sortie de Trois-Fontaines en direction de Saint-Dizier.
Quelques précisions sur les activités des SAS. Le 26 août, Laws informe sa hiérarchie qu’il a déjà recueilli seize aviateurs de la RAF qui attendent leur rapatriement ; sept SAS et deux de ces aviateurs, marchant vers le sud en direction de Saint-Dizier, passent la nuit du 29 au 30 dans les bois de Villiers-en-Lieu ; le 29 ou le 30, le capitaine Walters et trois SAS prennent sous leur feu un véhicule allemand empruntant la route (nationale ou forestière ?) Saint-Dizier – Chancenay. Selon le rapport de l’opération « Rupert », deux Allemands sont tués, le SAS Chambers est blessé.
Cette période est surtout marquée par l’apparition, dans le secteur, de la 3e PanzerGrenadierDivision (général Hans Hecker), unité allemande qui, le 23 août, commence à être retirée du front italien. Sa mission : tenir le secteur Commercy – Saint-Mihiel – région Sud de Verdun, face à la progression des armées alliées, et protéger la retraite de la 15e PzGrenDiv qui se replie depuis l’Yonne puis l’Aube.
Samedi 26, ses premiers éléments débarquent dans la région située à l’ouest de Bar-le-Duc et de Saint-Dizier ; des Allemands cantonnent à Cheminon, village voisin de Trois-Fontaines…

Notes :
(1) Qui était ce « capitaine Henri » ? Certainement pas Daniel Simon. Peut-être ce Belge chef de groupe évoqué par Odette Leclercq.
(2) Un témoin nous a en effet mentionné la chute d’un avion allié à proximité de la route entre Saint-Dizier et Trois-Fontaines, information non confirmée à ce jour.
(3) Sans doute O. B. Rooney, qui servit comme capitaine dans les commandos britanniques.
(4) Dans son célèbre ouvrage « Winged dagger » (1948). Le major Farran opère dans le nord de la Côte-d’Or et le sud de la Haute-Marne.

L’embuscade du Faux-Miroir
Quant au maquis de Trois-Fontaines, qui semble alors porter l’appellation de « Compagnie Valmy » sous l’étiquette des FTPF, il se livre à quelques actions, en particulier le 26 août.
Ce jour-là, selon le rapport des FFI de Sermaize, des écluses sont sabotées entre Pargny-sur-Saulx et Revigny. Odette Leclercq précisera que l’une de ces actions a été exécutée par « Jim », le chef du maquis, et le lieutenant « Nicolas ».
Les effectifs du maquis gonflent, pouvant atteindre une cinquantaine d’hommes. Une embuscade est donc décidée afin de récupérer des armes. Elles interviendra dimanche 27 août.
Au matin, dix maquisards, qui ont pour chef « Max », partent se poster au lieu-dit « Faux-Miroir », territoire de la commune de Contrisson (Meuse).
Il est environ 15 h. Un maquisard, père de famille de Vitry-en-Perthois, Gaston Vogué, alias « Tonton », racontera (1) : « Nous attaquions une voiture de tourisme qui roulait au moins à 50 km/h. J’ouvrai le feu avec un mousqueton sur le chauffeur que je tuai froidement : le FM qui se trouvait à mes côtés cracha en rafale, les camarades vidèrent également leurs chargeurs… Nous ne rapportions pas d’armes, mais notre joie était grande… »Vogué restera persuadé qu’ils ont tué un « général SS (sic) et son état-major ». « Max » parlera de son côté d’’un gruppenführer ou quelque chose comme ça », tandis qu’Odette Leclercq, qui situe l’action entre Robert-Espagne et Revigny, citera « un lieutenant, un général, un colonel et un commandant tués ».
Grades sans doute purement fantaisistes, comme bien souvent dans les historiques de maquis. Il n’est pas non plus certain que les quatre occupants du véhicule aient tous trouvé la mort. L’épouse du garde forestier précisera d’ailleurs que l’arrivée d’un camion a forcé les maquisards à fuir sous les balles. Elle tient ces détails de la bouche des auteurs de l’embuscade, puisqu’elle leur a offert l’hospitalité le lendemain.
A noter que ce même matin, des Allemands traversant Lisle-en-Rigault (Meuse) en camions ont prétexté qu’on leur a tiré dessus dans la localité (il pourrait s’agir d’un éclatement de pneu) pour prendre parmi les habitants 42 otages, qui seront finalement relâchés en début d’après-midi, non sans que plusieurs maisons aient été incendiées (2).
Dernier événement de ce 27 août 1944. Dans la nuit, des maquisards de la Compagnie du Val (FFI de Saint-Dizier) sabotent la voie ferrée entre Baudonvilliers et Robert-Espagne, à hauteur du tunnel de la Belle-Epine. Le lendemain, l’aviation alliée viendra mitrailler le convoi bloqué par ce sabotage. Les maquisards resteront persuadés qu’ils ont ainsi empêché l’arrivée d’éléments de la 3e PanzerGrenadierDivision dans la région bragarde.

Un certain commandant « Lariflette ».
Dans ses souvenirs, Odette Leclercq précisera avoir hébergé à La Colotte, dans la nuit du 28 au 29 août 1944, deux hommes, parmi lesquels un certain « commandant Lariflette ». Pour « Max », il s’agit d’un « responsable régional FTPF qui nous investit de missions que les plus raisonnables eussent évalué impossibles ». Odette Leclercq notera qu’il s’appelait Protin, qu’il était originaire de Saint-Amand-sur-Ornain (Meuse) et qu’il était surnommé également « Le Grand Robert » (3). Quant à Georges Fritssch, il se rappellera qu’ « en 1947, m’occupant d’exploitations forestières en Allemagne, j’ai rencontré Protin… C’est là que j’ai appris son nom, ne le connaissant que sous son pseudonyme de « La Riflette » en 1944… »
Nos recherches ne nous ont pas permis de trouver une trace de « Lariflette » : était-il membre de l’état-major FTP de la Marne (Interrégion 28) ou, moins vraisemblablement, de celui de la Meuse (Interrégion 21 ?).
Le maquis de Trois-Fontaines semble avoir évolué dans un contexte organisationnel plutôt brumeux. Etiqueté FTPF, il devait donc agir dans le cadre de ce mouvement. Mais son territoire d’opérations relevait du secteur FFI de Sermaize (puisqu’en contact avec le Dr Fritsch et son fils), il a prêté main forte, lors de parachutages, à l’équipe BOA d’André Renaudin, et il s’est même vu commanditer des actions par l’officier SAS Laws, comme le confirment le rapport de la mission « Rupert » (4) et le témoignage de « Max ». Plutôt difficile, donc, de se retrouver dans ce maquis de donneurs d’ordres…

Notes :
(1) Article paru en octobre 1944 dans « La Champagne ouvrière », cité par René Boulanger dans l’ouvrage « Les larmes de la liberté ».
(2) « Le martyre de trois villages meusiens, Robert-Espagne, Beurey, Couvonges », par l’abbé Briclot et Jean Villiers (s.d.)
(3) Cet officier se serait ensuite engagé à Reims parmi les FTPF qui seront affectés au 106e RI. Son nom n’apparaît toutefois pas parmi celui des officiers du 1er bataillon de ce régiment, composé pour partie d’anciens FTPF marnais, dont ceux du maquis de Trois-Fontaines.
(4) Qui rapporte : « Le 25 août, le lieutenant Laws donne l’ordre aux maquisards d’attaquer les transports par route ennemis ; il cherchait ainsi à récupérer de petits véhicules ainsi que les armes des occupants… Le 27 août, le lieutenant Laws constata que les maquisards faisaient du bon travail sur les routes au nord de la forêt, et le jour suivant, 48 conteneurs arrivèrent pour armer les Français, (qui) enlevèrent le contenu si rapidement que le lieutenant Laws fut incapable de vérifier ce qui était arrivé… »

D’autres groupes
Les hommes de « Jim » ne sont pas les seuls patriotes à opérer dans le massif forestier.
Ainsi, le brigadier des Eaux et forêts Georges Psaume commande un groupe de résistances de Trois-Fontaines, fort de treize hommes, basé à la maison forestière de La Sabotière, au bord de la route Saint-Dizier – Trois-Fontaines. Ce groupe repère en forêt un important dépôt de munitions allemand (« Christa »), le long de la route menant de la maison forestière de Reculée-Fontaine à Chancenay (1). Le 30 août au matin, le groupe met en fuite six Allemands gardant ce dépôt et, à dans l’après-midi, à hauteur de La Haie-Renaud (forêt domaniale bragarde, ville libérée ce jour-là), un Allemand est tué et un autre blessé par ce même groupe.
Nous avons vu plus haut que des FFI bragards de la Compagnie du Val se sont livrés à une action de sabotage au tunnel de La Belle-Epine.
Et c’est à cet endroit que des FFI meusiens, le 29 août, accrochent des soldats allemands, comme nous le verrons plus loin.
Nous citerons encore le maquis Mauguet, stationné quelques jours près de Baudonvilliers, et le groupe de résistants commandé par Maurice Brochard et basé à la ferme de la Taille-Jacquemin, près de Beurey-sur-Saulx. Dans ses témoignages (2), un réfractaire de 22 ans originaire de Pillon (Meuse), Jean Altemaire, gardera le souvenir d’une mission d’élimination de deux supposés miliciens lorrains cherchant à infiltrer le maquis (avec son ami Robert Dehaye, il leur laissera la vie sauve, et l’un d’eux aurait même servi au sein du maquis). Le 29 août 1944, Brochard, Dehaye et Pillon partent guider des volontaires pour le maquis originaires de Beurey et Couvonges…

Notes :
1. Cité par le rapport des activités du groupe, publié par Miguel Del Rey.
2. Lettres à l’auteur et dans « Histoires de Résistance en Meuse » (Claude Collin et Jean-Pierre Harbulot).

lundi 12 avril 2010

"De la part de Jim" (3e volet)



Un parachutiste SAS aux environs de la maison forestière de La Sabotière, près du village de Trois-Fontaines-l'Abbaye (collection club Mémoires 52).


Pour les rescapés, il importe de trouver un nouveau refuge, puisqu’en outre Brassa a été incendiée. Selon Odette Leclercq, c’est à proximité de son domicile, au « Bois-Brûlé », qu’ils s’établissent. Dans son récit, elle précisera qu’ensuite, « ils ont été repérés par les Allemands et attaqués. Ils se sont enfuis. Les Allemands ont mis le feu à la cabane qui flambe comme une torche… » Nouveau coup dur que mentionne le recueil de souvenirs des habitants de Cheminon, mais pas « Max » (1).

Désormais, c’est Daniel Simon qui a pris la tête du groupe. « Jim », son nom de guerre, restera pour Odette Leclercq comme « un superbe et beau jeune homme… Les coups les plus audacieux sont pour lui. Tous les hommes l’aiment, même les plus âgés. Ils reconnaissent tous ses rares qualités. Cependant, il n’a que 19 ans ». Fils du docteur Henry Fritsch, âme de la Résistance à Sermaize, Georges Fritsch, alias « Jerry », qui, à 21 ans, est adjoint au chef du chantier forestier du Prieuré et lui-même investi dans la lutte clandestine, nous écrira (2) à propos de Daniel Simon : « Nous avions le même âge… Il s’était donné corps et âme à la Résistance pour exorciser sa révolte face à la mort de sa maman, tuée lors de bombardements (3) à Suippes d’où il était originaire… » Pour sa part, Serge Lampin précisera que « Jim » était employé à la banque Varin-Bernier à Sainte-Menehould avant de prendre le maquis.

Dans la mémoire collective des habitants du massif de Trois-Fontaines, le jeune Daniel Simon reste très présent. Odette Leclercq évoquera sa fougue à plusieurs reprises. Elle l’a d’autant mieux connu que La Colotte où, en l’absence de son mari déporté, elle vit seule avec ses quatre enfants, est l’un des lieux de rendez-vous donnés aux candidats à la vie de maquisard, qui pouvaient se présenter avec les mots de passe « De la part de Jim » ou « De la part de Jerry » (Fritsch).
Durant le mois et demi suivant la tragédie de Brassa (c'est-à-dire jusqu’à la Libération), l’épouse du garde forestier conservera de nombreux souvenirs de maquisards. Ainsi :
. de Pierre David, alias « Daouda », qui « pilotait merveilleusement bien (une moto) à des allures records » ;. de Raymond Picq, «un chef de groupe (…) Pour tous les coups durs il était le premier » ;. de « Max », autre « chef de groupe » ;
. du Russe « Nicolas », « lieutenant d’une quarantaine d’années » ;
. d’un jeune déserteur lorrain de l’armée allemande et de son oncle, guère plus âgé que lui ;
. de Marocains…

Il faut attendre la deuxième quinzaine d’août pour que le massif forestier connaisse à nouveau l’effervescence : l’ennemi vient alors d’être chassé de Normandie, et les Alliés, dans leur progression en direction du Rhin, traverseront immanquablement la région.

Les FFI s’enhardissent. Odette Leclercq évoquera ainsi l’attaque d’un camion allemand par les maquisards, action qui aurait coûté cinq tués à l’occupant et la blessure d’un maquisard russe. Pour échapper aux recherches, le maquis se divise alors en trois groupes de dix hommes, et c’est l’un d’eux, conduit par « un Belge parlant le français avec un fort accent », qui dans la nuit frappe à la porte de La Colotte.

Cette escarmouche est également mentionnée dans le rapport officiel de l’opération aéroportée britannique « Rupert » (4), qui la situe aux environs du 16 août 1944 : le rapport avance aussi le chiffre de cinq Allemands probablement morts, mais précise que ce sont en fait deux maquisards qui ont été blessés…

Des Anglais dans la forêt de Trois-Fontaines ? A partir de juin 1944, la brigade du Special air service (SAS) a en effet été parachutée en unités de diverses importances sur la France occupée. L’opération qui nous intéresse est baptisée « Rupert ». Selon l’historien britannique Philip Warner (5), elle mobilise 58 hommes du 2nd SAS regiment commandé par le lieutenant-colonel Brian M. Franks, lui-même parachuté dans les Vosges.

Le rapport officiel de l’opération « Rupert » est particulièrement précis quant à sa chronologie. La mission est lancée dans la nuit du 22 au 23 juillet 1944 : le premier stick semble devoir sauter dans la région du Der, mais c’est aux confins de la Haute-Marne et des Vosges, à Graffigny-Chemin, que l’appareil qui le transporte s’écrase. Huit SAS trouvent la mort dans ce crash, dont le major Félix Symes, qui commande le « G » squadron du 2nd SAS, et le lieutenant Ian Grant. Un rescapé est capturé. Un nouveau stick est largué dans la nuit du 4 au 5 août 1944, à proximité de Bailly-le-Franc (Aube), dans le pays dervois : il est composé de huit hommes, commandés par le lieutenant D.V. Laws. L’officier réceptionne, dans la nuit du 12 au 13 août, dans le même secteur (les confins de la Marne, de l’Aube et de la Haute-Marne), les équipes des lieutenants Cameron (6) et Marsh, puis remonte en direction de Saint-Dizier avant de rejoindre, via la forêt de la Garenne de Perthes semble-t-il, le massif de Trois-Fontaines, où il implante un camp à proximité de la ferme de la neuve-Grange. C’est là que le rejoindront d’autres éléments SAS.

Les opérations aériennes
Au cours de l’été 1944, la forêt de Trois-Fontaines est le cadre de plusieurs parachutages. Ils sont notamment permis grâce à un officier français ayant établi son poste de commandement à Sermaize, bourg dont il est originaire : André Renaudin, dit « Richard ».
Agé de 26 ans, cet ancien séminariste est l’un des héros du Bureau des opérations aériennes. Michel Pichard et Jean-Claude Grandhay (7) évoqueront à maintes reprises les actions entreprises par « Richard », d’abord dans l’Aisne – capturé en juillet 1943, il est parvenu à s’évader – puis dans le Doubs, le Territoire de Belfort et les Vosges.
Appelé à la responsabilité du BOA de la Meuse, c’est le 3 juin 1944 (8) qu’il a reçu l’ordre de gagner Sermaize afin de réceptionner une mission alliée. L’accompagnent François Babot, Léon Marcel et Yves Moulin, puis le radio Balini.
Le territoire de compétence d’André Renaudin est la Meuse, mais son PC est situé dans la Marne : aussi est-il difficile de déterminer si le terrain de parachutage défini sur la commune de Trois-Fontaines figure parmi les 18 sites meusiens recensés par Michel Pichard, ou plutôt parmi les 95 répertoriés dans la Marne. Quoi qu’il en soit, ce terrain était originellement localisé à la ferme de La Verrerie puis, à partir de la mi-août, à proximité de celle de La Neuve-Grange. Exploitée par les familles Bernier et Gillet, cette ferme – nous le verrons – a notamment recueilli l’aviateur allié Albert De Bruin, et c’est aux abords que le lieutenant SAS Laws a établi son camp. Ajoutons que le 14 juillet, Renaudin et Pierre Leroy ont saboté la ligne téléphonique reliant Possesse à Saint-Dizier (6), et que quatre jours plus tard, le chef du BOA meusien aurait été présent au combat de Brassa…

(1) Témoignage inédit de « Max », un maquisard de 22 ans (archives du club Mémoires 52).
(2) Courrier du 22 mars 1997.
(3) Sans doute en 1940.
(4) Aimablement communiqué par Pierre Lefèvre, professeur d’histoire de Ligny-en-Barrois, auteur d’un ouvrage très fouillé sur « Les déportés d’Argonne ».
(5) Dans « The SAS, the official history », 1971.
(6) James Edmunds Cameron, surnommé “Loopy”, opérera ensuite avec ses jeeps armées dans la région de Chevillon (Haute-Marne) et de Morlay (Meuse). Parmi ses hommes, figure un Corse, Jean-Marc Canonici, selon les souvenirs du sergent Maurice Gautron qui, né dans l’île de Jersey, résidait alors à Sommeville.
(7) Pichard (Michel), « L’espoir des ténèbres. Parachutages sous l’Occupation », ERTI éditeur 1990. Grandhay (Jean-Claude), « La Haute-Saône dans la Deuxième Guerre mondiale. Les opérations aériennes. 1943-1944 ».
(8) Selon Jean-Claude Grandhay.
(9) Témoignage de Pierre Leroy rapporté par Miguel Del Rey.

Des Argonnais en forêt de Trois-Fontaines



Gabriel Trusgnach, une des victimes de la tragédie de Brassa (collection famille Trusganch/club Mémoires 52)

Deuxième volet de notre étude sur les groupes de patriotes des alentours de Trois-Fontaines-l'Abbaye.


5 juin 1944. Ils sont dix, à la veille du débarquement de Normandie, à se regrouper le soir dans l’ancien moulin de Daucourt, près de Sainte-Menehould. Dix patriotes originaires de la cité ménihildienne déterminés à passer rapidement à l’action – le maquis « Alsace » de Lucien Picq ne se constituera qu’en juillet.

En voici la liste (1) :
. Pierre David, alias « Daouda », sergent d’active ayant servi dans les sables algériens ;
. Jacques Ferré, 20 ans, postier né à Louhans-Cuiseaux (Saône-et-Loire) ;
. Raymond Gaillet (« Le Mataf »), 28 ans, né à Saint-Florentin (Yonne). C’est un marin dont le père, conseiller municipal à Sainte-Menehould, a été grièvement blessé dans un bombardement ;
. Serge Lampin (« Cobaye »), 18 ans ;
. Raymond Picq (« Bolchevick »), fils du chef de gare de la cité ;
. Jacques Renard (« Jacky ») ;
. Henri Royer ;
. Daniel Simon (« Jim ») ;
. Henri Taburnot (« Riquet ») ;
. Gabriel Trusgnach, 19 ans, né à Imécourt (Ardennes), un apprenti coiffeur qui avait été requis dans une usine de la région de Reims.

Doté d’armes de 1940 récupérées en forêts d’Argonne (un FM 24/29, six mousquetons Mas 36, des Lebel) et de cinq Sten, ce groupe passe la nuit du 5 au 6 juin 1944 à Daucourt, avant d’être transporté en camionnette par un garagiste menihildien. Sa destination : Coole, dans le Sud-ouest marnais.

Le 7 juin (2) au soir, il s’y installe sur une butte boisée, à 225 m d’altitude, où les hommes construisent des cahutes. Là, une demi-douzaine d’hommes de Vitry-le-François se joignent à eux, et c’est à cette période que la responsabilité du groupe est confiée à Henri Royer, avec Raymond Gaillet pour adjoint.

Aussitôt, les résistants engagent des actions de guérilla. Leurs cibles : les convois qui empruntent la nationale 4 toute proche. Serge Lampin se souviendra en particulier d’un véhicule allemand envoyé dans le fossé. Conséquence : le lendemain, l’occupant lance des patrouilles. Le groupe n’a d’autre choix que de quitter les lieux, par Soudé-Sainte-Croix et Maisons-en-Champagne. En chemin, il prend en charge un déserteur autrichien recueilli par un agriculteur, passe par Vanault-les-Dames, Heiltz-le-Maurupt et se fixe en forêt de Trois-Fontaines. Plus précisément à Brassa, le premier refuge des hommes de Camille Soudant.

Serge Lampin situera cette implantation au 18 juin 1944, date confirmée par le « Rapport relatif aux actions militaires des FFI de Sermaize-les-Bains » rédigé par le capitaine Pierre Madru (3), qui note : « Prenons contact avec groupe mobile FTP arrivé dans la forêt de Trois-Fontaines sous commandement de Jim. Comité prend contact, prête deux FM, assure leur ravitaillement et demande leur appui pour les parachutages en leur donnant l’assurance que nous leur céderons quelques armes… »
Deux précisions : selon Serge Lampin, c’est Henri Royer, et non déjà Daniel Simon (« Jim »), qui assure le commandement du groupe ; et il estime alors incorrecte l’appellation FTP, lui-même se réclamant du mouvement Ceux de la Résistance (CDLR)…

Pour ce petit maquis – dont les effectifs ne semblent alors pas excéder une trentaine d’hommes -, la maison forestière de Brassa constitue une base arrière tandis que ses hommes se livrent à des actions à travers le Sud du département de la Marne.

Début juillet 1944, il recueille six Russes déclarant s’être évadés des mines de potasse d’Alsace et ayant pour chef le lieutenant (ou capitaine) « Nicolas ». Ces nouvelles recrues participent notamment au désarmement de gendarmes sur la nationale 3.

Mardi 17 juillet 1944, le maquis est en mission à Vanault-le-Chatel, lorsqu’un camion allemand conduit par un civil survient inopinément. Serge Lampin saute sur le marchepied et, par la fenêtre ouverte, colle son 7/65 contre la tête du passager avant, un sous-officier allemand. A l’intérieur du véhicule, Jacques Renard et Raymond Picq découvrent quatre soldats armés. Tous sont faits prisonniers. Le groupe reprend alors la route de Brassa avec ces captifs et leur véhicule, force un passage à Sermaize et fait halte à Cheminon. Dans ce village, où le conducteur civil (un Lorrain) est libéré – « c’était une erreur », estimera Serge Lampin – on se rappellera fort bien cette arrivée remarquée suscitant la curiosité de la population (4). Puis le maquis gagne Brassa, où les cinq prisonniers sont enfermés dans une pièce.

Mercredi 18 juillet. Il est entre 6 h 30 et 7 h, se souviendra Serge Lampin, lorsque les maquisards sont surpris par une attaque ennemie. Quatre hommes – dont Renard et Taburnot – étaient alors partis en mission de reconnaissance, tandis que Simon, « Nicolas » et David (avec le FM) exécutaient une mission. Tirs de mitrailleuse lourde, pluie de grenades : l’attaque est meurtrière. Serge Lampin gardera en mémoire la vision de son camarade Gabriel Trusgnach étendu par terre, une balle dans la tête ; de Raymond Gaillet fauché par une rafale au niveau des reins, alors qu’il sortait de la baraque ; de six ou sept Allemands gisant à terre ; lui-même est blessé d’une balle dans la cuisse…

Capturé, brutalisé, « Cobaye » se voit présenter une carte par « un capitaine du SD » puis, menotté, est conduit à pied jusqu’à Cheminon, où il verra huit camions et surtout « un civil, habitant du village, très proche des Allemands ». Pour Serge Lampin, comme pour un autre maquisard (rescapé), « Max » - lequel écrira : « On suppose que le garde des Eaux et forêts (…), un inconditionnel du « héros de Verdun », nous avait donnés » - le maquis a été victime d’une dénonciation.

Le soir, à 18 h, le maire de Trois-Fontaines-l’Abbaye, Léon Thévenet, et Georges Psaume, 36 ans, autre brigadier des Eaux et forêts, par ailleurs responsable du groupe local de résistants, dressent cinq actes de décès concernant des victimes « inconnues ». Ils correspondent à Gabriel Trusgnach, à l’adjudant-chef (ou lieutenant FTP) Raymond Gaillet, à Abel Voiselle (un Ménihildien de 19 ans qui a rejoint le maquis vers le 8 juillet), à Jacques Ferré et à un Russe, Illia Golobovitch. Ils seront inhumés le 20 juillet dans le cimetière communal en présence de la population. Selon Gérard Gaillet, deux autres patriotes ont trouvé la mort dans ce combat : André Chauvot et Pierre Collin, mais nous ignorons où ils ont été inhumés.

Les autres maquisards ont pu prendre la fuite, courant « comme des fous » . Odette Leclercq gardera le souvenir d’un jeune homme « à la voix lasse » frappant à sa porte vers 22 h, lui rapportant les événements – il certifie avoir tué trois Allemands, un avec un Lebel, deux avec un Mauser. Puis l’homme repart vers 2 h pour « essayer de rejoindre les copains à Cheminon ». Odette Leclercq est précise sur l’horaire : à cet instant, les Lancaster de la Royal air force bombardent la gare de Revigny-sur-Ornain (Meuse)…

Voilà donc le maquis cruellement éprouvé. Serge Lampin, torturé ensuite dans les locaux de la Gestapo à Châlons, sera déporté au Struthof. Un autre blessé – le déserteur autrichien – sera recueilli dans une ferme de Trois-Fontaines mais finalement capturé. « On se doute de son sort », écrira Odette Leclercq.

Notes :
1. Témoignages de Serge Lampin et Jacques Renard, qui ont donné une conférence sur le maquis de Trois-Fontaines le 31 août 2000, à l'invitation de Gérald Gaillet, responsable du Souvenir français dans le canton de Sermaize.
2. Deux jours plus tôt, une quarantaine de déportés s'évadaient d'un convoi ferroviaire entre Châlons-sur-Marne et Vitry-le-François, notamment vers Coole. Lire à ce sujet l'ouvrage de Jean-Marie Chirol.
3. Communiqué par Suzanne Paris, de Sermaize.
4. Dans "1944-1994 : 50 ans après, Cheminon se souvient...", communiqué par Suzanne Paris.

Camille Soudant



Camille Soudant (1922-1944), devant ce qui pourrait être une maison forestière : Brassa ? (collection famille Soudant/club Mémoires 52)

Odette Coudert



Odette Coudert (à gauche), dans le jardin de La Colotte. A droite : un employé portugais (collection famille Valentini/club Mémoires 52).

Une maison forestière nommée La Colotte



La maison forestière de La Colotte avant sa destruction (collection famille Coudert/club Mémoires 52)


La Colotte. Le nom n’évoque plus, aujourd’hui, qu’un lieu-dit isolé dans la forêt domaniale de Trois-Fontaines-l’Abbaye (Marne), étendue boisée au cœur d’un important massif se prolongent dans la Meuse et dans la Haute-Marne. Pour découvrir ce lieu, il suffit de gagner le village de Trois-Fontaines – à une dizaine de kilomètres de Saint-Dizier, puis, à la sortie de ce charmant village marnais ayant donné son nom à la forêt, en direction de Robert-Espagne (Meuse), de tourner à gauche, et de suivre, pendant quelques kilomètres, une route bétonnée par les Américains. Car la différence d’autres maisons forestières du massif, comme La Sabotière ou Reculée-Fontaine, La Colotte ne se trouvait pas au bord d’une route départementale, mais à un carrefour de routes forestières, éloigné de toute habitation.



Il y subsiste, aujourd’hui, les vestiges d’un bâtiment préfabriqué de l’armée américaine, qui a établi un dépôt de munitions dans la forêt de Trois-Fontaines entre 1952 et 1967. Il avait occupé l’emplacement d’une maison forestière. Auparavant, il y avait, en ce lieu, une cense – une ferme appartenant à l’abbaye de Trois-Fontaines.
Malgré son aspect quasi-désert, La Colotte respire l’Histoire. On s’est battu, le 9 septembre 1914, aux abords de la demeure. Les soldats du 40e régiment d’infanterie de Nîmes ont même sorti la baïonnette, à l’occasion de ces combats dans la forêt de Trois-Fontaines.

Comment imaginer, en 2010, qu’il y a six décennies, durant l’Occupation, La Colotte, demeure perdue au milieu d’une forêt, a vu se croiser maquisards champenois et lorrains, prisonniers russes évadés, anciens captifs marocains ou africains, déserteurs de l’armée allemande, parachutistes britanniques et canadiens, aviateurs alliés rescapés de la chute de leur appareil, et évidemment soldats de la Wehrmacht ?

Camille Soudant, « un jeune homme parlant peu »En 1943, c’est la famille d’Albert Leclercq qui réside à La Colotte. Un garde des Eaux et forêts qui n’est pas né en Champagne, mais dans le Nord : à Bois-Grenier, près d’Armentières, le 5 mai 1911. Il a 32 ans lorsqu’il se marie, le 20 mars 1943, à Sermaize-les-Bains (Marne), avec Odette Coudert, jeune veuve du même âge (elle est née le 26 février 1911 à Sermaize). L’épouse a déjà plusieurs enfants nés de son premier mariage, dont Serge, l’aîné, qui a vu le jour en 1929.
Patriote, Albert Leclercq l’est assurément. Il le prouvera bientôt en accueillant des patriotes réfugiés. C’était en 1943…





A notre connaissance, c’est fin 1943 que s’implante un premier maquis en forêt domaniale de Trois-Fontaines. Son histoire nous est connue grâce au témoignage d’Armand Risse, garagiste à Sermaize, et à celui d’Odette Leclercq. Deux écrits réunis par Miguel Del Rey, un habitant de Pargny-sur-Saulx passionné d’histoire, dans son ouvrage « La Résistance dans la région de Pargny-sur-Saulx » (tome II).
C’est, expliquera-t-il, par l’intermédiaire d’un instituteur de Sermaize, Dessenlis (Desanlis, plutôt ?), qu’Armand Risse reçoit un jour la visite d’un certain « monsieur Vincent ». En l’occurrence, Marcel Mejecaze (1), un Aveyronnais de 23 ans, qui s’est battu en Espagne dans les rangs des Brigades internationales . Chef des FFI de l’arrondissement d’Epernay, Pierre Servagnat se rappellera (2) que « Vincent » était le responsable marnais du Front national, mouvement résistant d’obédience communiste.
Si ce cadre du FN est venu à Sermaize, c’est pour demander que soient camouflés, dans ce secteur Sud de la Marne, des patriotes de la région sparnacienne traqués par les services de sécurité ennemis (une importante vague d’arrestations frappait en effet cette région à la mi-novembre 1943).
Selon le garagiste, c’est un brigadier des Eaux et forêts qui suggère la maison forestière de Brassa, à proximité de la route reliant Trois-Fontaines-l’Abbaye à Baudonvilliers (Meuse), comme refuge de ces résistants.
A une date non précisée (Armand Risse reste généralement vague quant à la chronologie), l’artisan se souviendra que quatre hommes arrivent en gare de Pargny : « Vincent » et un nommé « Jacques », qui repartiront rapidement, Camille Soudant et Maurice Tournant (3), qui iront à Brassa.

« Un jeune homme calme, parlant peu, tuant le temps en lisant beaucoup » : ainsi Odette Leclercq décrira-t-elle Camille Soudant, né à Coublanc (Saône-et-Loire) en 1922, domicilié avec ses parents à Athis, près d’Ecury-sur-Coole. Selon le maire de cette commune marnaise , Soudant a rejoint un groupe étiqueté FTP à Saint-Martin (-sur-le-Pré, sans doute), s’est livré à plusieurs actions de sabotage, avant de se réfugier dans un premier temps dans la Montagne de Reims (4).

A en croire Armand Risse, Camille Soudant ne reste que trois jours à Brassa. C’est ensuite dans une maison de chasse – le garagiste la situe entre Villers-le-Sec et Charmont, non loin de Sermaize, au lieu-dit « Bois Lemoine » - que le groupe vient s’établir. Un groupe alors composé de patriotes français (Georges Laîné), hollandais (« Guillaume ») ou marocains (« Ali », « Saïd »), et qui poursuit ses actions contre l’ennemi. Ainsi, Odette Leclercq gardera en mémoire un sabotage effectué à Saint-Dizier par Camille Soudant. Sans nul doute, l’opération citée par le tome I de « La Résistance en Haute-Marne » : un sabotage au lieu-dit « Les Frouchies », au nord de la cité bragarde, le 2 décembre 1943. Selon Risse, le jeune homme envisageait également de s’attaquer à la station allemande de repérage de Contault-Possesse, en liaison avec le groupe de Belval (en Argonne, sans doute)(5).

Voilà, toujours selon Risse, que Soudant s’inquiète du comportement suspect d’un garde forestier, qui aurait rendu visite aux patriotes à trois reprises. Aussi le chef de groupe décide-t-il de faire construire une nouvelle cabane, un peu plus loin dans le même bois. Un refuge qui se voulait sans doute provisoire, puisque le garagiste racontera également que ses hommes devaient être employés au chantier forestier du Prieuré, à Sermaize. Ils n’en auront pas le temps…

Le 4 décembre 1943 – cette date sera donnée par Risse et Mme Leclercq -, des soldats allemands se présentent au refuge des maquisards, dont six étaient présents, selon le garagiste. Tous ne parviennent pas à échapper à cette attaque. Risse évoquera un « petit Marocain qui tombe en arrière » après une rafale de mitraillette, Mme Leclercq parlera de trois victimes. Toutefois, ni la commune de Villers-le-Sec, ni celle de Charmont n’ont consigné dans leurs registres de décès à cette date.

Après cette échauffourée, Armand Risse voit arriver à son domicile Camille Soudant, échappé en vélo, Georges Laîné et « Saïd ».

Mais le 12 décembre 1943, c’est un nouveau drame. La police française procède à un coup de filet, comme elle l’aurait fait la veille à Belval. Soudant, Risse, Laîné et un autre patriote, Robert Baudry, sont arrêtés à Sermaize ; Leclercq, « Saïd » et Jean Goutmann sont cueillis à La Colotte.

Ces résistants sont conduits au siège de la police à Nancy, où ils sont torturés, puis internés à Châlons-sur-Marne.

Quatre d’entre eux sont fusillés sur le terrain de La Folie, le 19 février 1944, parmi quinze patriotes :
. Robert Baudry, 23 ans, né à Saint-Florentin, domicilié à Saint-Martin-sur-le-Pré, employé SNCF à Châlons. Sa dernière lettre, émouvante, figure sur le site de la mairie de Saint-Martin-sur-le-Pré : http://www.mairie-saintmartinsurlepre.fr/martinais/p23_n49.pdf
. Jean Goutmann, d’Athis (de Montigny-les-Monts, Aube, selon Jean-Pierre Husson),
. Georges Laîné, 21 ans, de Broyes,
. et Camille Soudant, qui aurait cherché à s’évader avant son exécution. « J’espère quand même que mon sacrifice, ainsi que celui de mes quatorze camarades, aura servi à quelque chose », a-t-il écrit dans une lettre communiquée par sa famille.

On ignore le sort du Hollandais « Guillaume » et du Marocain « Saïd ».

Pour leur part, Armand Risse (6) et Albert Leclercq, internés à Compiègne, sont déportés le 22 janvier 1944 à Buchenwald : le premier survivra à ses séjours à Buchenweld et Dora , le second sera porté décédé à Mauthausen le 24 février 1945. Quant à Mejecaze alias « Vincent », il a également été arrêté en décembre 1943 et reviendra des camps.


Notes :
1. Renseignement apporté par Jean-Pierre Husson, professeur d’histoire à l’Université de Reims, spécialiste de la Résistance marnaise.
2. Dans « Les FFI de l’arrondissement d’Epernay ».
3. Un nommé Maurice Tournant, né à Pantin en 1922, sera déporté de Compiègne le 18 juin 1944 et rentrera de Dachau. Est-ce lui ?
4. Discours prononcé le 7 octobre 1944 et communiqué en 1997 par la famille de Camille Soudant.
5. Il pourrait s’agir du groupe dont l’initiative revient à l’abbé Georges Carré, de Sainte-Menehould, à propos duquel Jean-Pierre Husson précise qu’il s’est établi à Givry-en-Argonne pour s’attaquer à la station de Contault mais qu’il a été repéré par les Allemands avant de passe à l’action.
6. Alcide Risse apparaît dans le Mémorial de la Déportation comme né à Villers-aux-Vents (Meuse) en 1899. Notons la différence de prénom.